Vents contraires apaisés, le Quai 9 peut tailler la route

TOXICOMANIE • Le lieu d’accueil genevois avec espace d’injection a franchi positivement sa période d’essai. Un projet qui, malgré les intolérances dont il a pu faire l’objet, peut poursuivre son nécessaire développement.

Les toxicomanes le surnomment le «shootoir». Les habitants des Grottes finissent peu ou prou par s’y faire. Les experts indépendants ont, quant à eux, confirmé la conformité des moyens mis en oeuvre avec la mission assignée au lieu d’accueil: la réduction des risques infectieux liés à l’usage de drogues. Quant au comité de pilotage du projet [1], il considère qu’après dix-huit mois de fonctionnement, les différentes actions entreprises par Quai9 pour une intégration dans le quartier ont porté leurs fruits et que «l’ordre a été respecté». Pendant ce temps, au local, les files de vingt personnes en attente d’accès à la salle d’injection, prévue pour six, ne sont pas rares.

Fort de ces constats, l’Exécutif genevois décidait, le 10septembre dernier, la poursuite du projet. Optant pour un accroissement des prestations du lieu près de la gare Cornavin, actuellement ouvert sept heures durant, sept jours sur sept. Une nécessité réclamée par les usagers et les habitants du quartier, et confirmée tant par le groupe de pilotage que par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne (IUMSP), chargé de l’expertise du projet.

L’autre option envisagée, la création d’un second lieu d’accueil qui pourrait comprendre une salle d’inhalation, a été repoussée à plus long terme. «Pour une question de financement et de délai de mise en oeuvre, je suppose», avance Christophe Mani. Satisfait de voir le principe du local d’injection entériné, le responsable du local pour le compte du Groupe sida Genève (GSG) –déjà actif dans les programmes de réduction des risques et chargé de la gestion du lieu– fait le point de la situation sur le terrain.

De bonne guerre

Avec un premier constat: contrairement à une crainte apparue à l’ouverture du local, le Quai 9 n’a pas encouragé l’augmentation du trafic de drogue dans le périmètre de la gare. Au contraire, il semblerait que l’on assiste à un éclatement du marché, jusque-là concentré autour de Cornavin. Est-ce dû aux règles de fonctionnement du lieu d’accueil? Ou à la Task Force Drogue, dont la mise en place par le Département de Justice, police et sécurité coïncide avec l’ouverture du local, et qui vise à interdire toute la zone aux trafiquants étrangers?

M.Mani, lui, attribue surtout le mérite aux usagers eux-mêmes. «Dans les accords passés avec la police, le GSG a obtenu que le lieu ne soit pas encadré par les forces de l’ordre. Cependant, il n’y a pas de deal devant la porte.»

Contrairement à ce qu’il se passe à Berne ou à Bâle, autour des structures similaires à Quai 9. «Il existe une culture à Genève dans le milieu des toxicomanes, explique M.Mani, qui fait que ceux qui fréquentent le lieu ne veulent pas laisser le trafic s’installer.» Montrant par là qu’ils tiennent à la structure et ne veulent pas la voir disparaître. Quant à l’hostilité périodique du voisinage depuis l’implantation de la structure? La visibilité de la consommation de drogue a heurté plus d’une fois les riverains. En dépit des rencontres organisées tous les deux mois. Au point qu’en février dernier, les habitants des Grottes, se plaignant du nombre de seringues jetées à terre, avaient adressé une pétition au procureur général afin d’obtenir que cessent les nuisances. Depuis qu’un ramassage des seringues est effectué six jours sur sept dans le quartier, les tensions ont baissé. «Nous n’avons plus eu affaire à des sursauts négatifs. Mais nous devons poursuivre nos efforts. Il s’agit de soigner les rapports entre habitants et usagers», souligne Christophe Mani. Dans ce sens, une sensibilisation des concierges – comment, par exemple, gérer une personne qui se pique régulièrement sous les boîtes aux lettres– ou la réalisation d’un journal de quartier sont des idées en passe de réalisation. Du pain sur la planche…

[1] Présidé par la directrice de la santé du canton, Annie Mino, le comité de pilotage comprend tous les partenaires concernées: police, éducation, santé, social.

23.12.03 par Corinne Aublanc
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

Vents contraires apaisés, le Quai 9 peut tailler la route

TOXICOMANIE • Le lieu d’accueil genevois avec espace d’injection a franchi positivement sa période d’essai. Un projet qui, malgré les intolérances dont il a pu faire l’objet, peut poursuivre son nécessaire développement.

Les toxicomanes le surnomment le «shootoir». Les habitants des Grottes finissent peu ou prou par s’y faire. Les experts indépendants ont, quant à eux, confirmé la conformité des moyens mis en oeuvre avec la mission assignée au lieu d’accueil: la réduction des risques infectieux liés à l’usage de drogues. Quant au comité de pilotage du projet [1], il considère qu’après dix-huit mois de fonctionnement, les différentes actions entreprises par Quai9 pour une intégration dans le quartier ont porté leurs fruits et que «l’ordre a été respecté». Pendant ce temps, au local, les files de vingt personnes en attente d’accès à la salle d’injection, prévue pour six, ne sont pas rares.

Fort de ces constats, l’Exécutif genevois décidait, le 10septembre dernier, la poursuite du projet. Optant pour un accroissement des prestations du lieu près de la gare Cornavin, actuellement ouvert sept heures durant, sept jours sur sept. Une nécessité réclamée par les usagers et les habitants du quartier, et confirmée tant par le groupe de pilotage que par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne (IUMSP), chargé de l’expertise du projet.

L’autre option envisagée, la création d’un second lieu d’accueil qui pourrait comprendre une salle d’inhalation, a été repoussée à plus long terme. «Pour une question de financement et de délai de mise en oeuvre, je suppose», avance Christophe Mani. Satisfait de voir le principe du local d’injection entériné, le responsable du local pour le compte du Groupe sida Genève (GSG) –déjà actif dans les programmes de réduction des risques et chargé de la gestion du lieu– fait le point de la situation sur le terrain.

De bonne guerre

Avec un premier constat: contrairement à une crainte apparue à l’ouverture du local, le Quai 9 n’a pas encouragé l’augmentation du trafic de drogue dans le périmètre de la gare. Au contraire, il semblerait que l’on assiste à un éclatement du marché, jusque-là concentré autour de Cornavin. Est-ce dû aux règles de fonctionnement du lieu d’accueil? Ou à la Task Force Drogue, dont la mise en place par le Département de Justice, police et sécurité coïncide avec l’ouverture du local, et qui vise à interdire toute la zone aux trafiquants étrangers?

M.Mani, lui, attribue surtout le mérite aux usagers eux-mêmes. «Dans les accords passés avec la police, le GSG a obtenu que le lieu ne soit pas encadré par les forces de l’ordre. Cependant, il n’y a pas de deal devant la porte.» Contrairement à ce qu’il se passe à Berne ou à Bâle, autour des structures similaires à Quai 9. «Il existe une culture à Genève dans le milieu des toxicomanes, explique M.Mani, qui fait que ceux qui fréquentent le lieu ne veulent pas laisser le trafic s’installer.» Montrant par là qu’ils tiennent à la structure et ne veulent pas la voir disparaître. Quant à l’hostilité périodique du voisinage depuis l’implantation de la structure? La visibilité de la consommation de drogue a heurté plus d’une fois les riverains. En dépit des rencontres organisées tous les deux mois. Au point qu’en février dernier, les habitants des Grottes, se plaignant du nombre de seringues jetées à terre, avaient adressé une pétition au procureur général afin d’obtenir que cessent les nuisances. Depuis qu’un ramassage des seringues est effectué six jours sur sept dans le quartier, les tensions ont baissé. «Nous n’avons plus eu affaire à des sursauts négatifs. Mais nous devons poursuivre nos efforts. Il s’agit de soigner les rapports entre habitants et usagers», souligne Christophe Mani. Dans ce sens, une sensibilisation des concierges – comment, par exemple, gérer une personne qui se pique régulièrement sous les boîtes aux lettres– ou la réalisation d’un journal de quartier sont des idées en passe de réalisation. Du pain sur la planche…

[1] Présidé par la directrice de la santé du canton, Annie Mino, le comité de pilotage comprend tous les partenaires concernées: police, éducation, santé, social.

23.12.03 par Corinne Aublanc
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

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