Sida: les chiffres genevois qui font mal à Lausanne

GENÈVE/VAUD • Un an après l’ouverture d’un local d’injection, on n’a plus enregistré de nouvelles infections de drogués par le VIH.

Entre 2000 et 2004, on a répertorié 63 personnes nouvellement infectées par le VIH à Genève, 140 dans l’agglomération lausannoise. Parmi eux figuraient dix toxicomanes (soit 16% du total) à Genève et 50 (36%) à Lausanne. Plus impressionnant: parmi les toxicomanes séronégatifs qui ont subi un nouveau test en 2003 et 2004 à Genève, soit après l’ouverture en 2002 d’un local d’injection, aucun n’avait été contaminé. Annoncés à Genève mardi, ces chiffres jettent un froid parmi les responsables vaudois de la santé. Même si, de part et d’autre, on prend soin de les relativiser.

Tant le professeur Bernard Hirschel, médecin-chef de l’unité Sida à Genève, que Christophe Mani, directeur de l’association Première ligne, qui gère notamment le local d’injection Quai 9, soulignent que les chiffres genevois récompensent une politique d’ensemble, impliquant notamment les pharmaciens, le Bus itinérant de prévention sida, les médecins prescripteurs de méthadone et les différentes offres à bas seuil. A Lausanne, le médecin cantonal Daniel Laufer relève de son côté que la réalité vaudoise diffère de celle d’un canton-ville où tous les investissements peuvent être concentrés dans des lieux accessibles à tous. Impossible pourtant d’éviter la question du centre d’injection.

«Au moment de se faire un shoot, la théorie ne pèse pas très lourd»

A Lausanne, un projet en ce sens a capoté devant le refus du Grand Conseil d’y engager le canton. «Ce n’est pas à moi de juger les choix politiques, commente Daniel Laufer. Mais il serait judicieux de repenser ces choix à la lumière de ces chiffres.» Le secrétaire général du Département vaudois de la santé et de l’action sociale (DSAS), Eric Toriel, tempère: «Personne ne peut nous assurer que la création d’un local d’injection nous aurait permis d’atteindre les chiffres genevois.» Martine Monnat, médecin de rue en contact avec de nombreux toxicomanes, pose la question différemment: «Les toxicomanes savent très bien ce qu’ils risquent. Nous mettons des seringues à leur disposition, nous dispensons de la formation à l’hygiène de l’injection. Et pourtant ils continuent à s’infecter parce que, au moment de se faire un shoot, la théorie ne pèse pas très lourd. Dans un local d’injection ont peut intervenir sur la pratique, et je pense que ça pourrait marcher mieux.»

Même s’ils ne le disent pas tous aussi clairement, de nombreux intervenants en toxicomanie partagent cette conviction, et elle a buté jusqu’ici sur la méfiance des politiques. Qu’en pense le socialiste Pierre-Yves Maillard, qui s’apprête à reprendre le DSAS ? «Pour le moment, je rassemble des informations. Mais je dirais que ces chiffres montrent que l’argent investi dans un local d’injection semble l’être judicieusement. En termes humains et en termes économiques.»

25.11.04 par Sylvie Arsever
Le Temps – http://www.letemps.ch

Genève n'enregistre plus d'infections par seringue

SIDA • La lutte acharnée menée à Genève contre le sida porte ses fruits. A l’occasion de la Journée mondiale du sida, le canton s’affiche en élève modèle de la prévention.

Le sida fait-il encore peur ? Le nombre d’infections a diminué drastiquement en Suisse et à Genève. Et pour cause. Le Département de l’action sociale et de la santé investit depuis 15 ans dans la prévention du sida 2,5millions de francs chaque année. «Sachant que chaque infection traitée coûte plus de 20000 francs par an, je considère dès lors que l’argent investi dans la prévention est bien dépensé», en conclut cyniquement le responsable du DASS, Pierre-François Unger. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes: ces deux dernières années par exemple, le nombre d’infections récentes par le VIH pour les utilisateurs de drogue était nul. Pourtant, à l’aube du XXIe siècle, la croyance en la toute puissance de la science et en l’exception européenne sont les deux fléaux qui affectent le plus les actions de prévention contre le sida. La figure de bon élève qu’affiche le canton de Genève n’enlève rien à la nécessité de la prévention. En prévision de la journée mondiale du sida, le DASS et ses associations partenaires ont rappelé l’importance des activités de réduction des risques pour lutter contre le virus et la précarité qui l’entoure.

3 nouvelles associations

Genève est – avec Vaud [1] – le canton affichant le plus grand nombre de personnes infectées par le virus du sida. A partir du début des années 1990, les cas détectés chez les usagers de drogues et les hommes homosexuels a drastiquement diminué. Entre 2000 et 2004, sur 63 infections récentes à Genève, 16% étaient explicables par l’utilisation de seringues infectées. En comparaison, Lausanne a, pour la même période, recensé 140 infections récentes dont 36% chez des consommateurs de drogues. Pour le professeur Bernard Hirschel des Hôpitaux universitaires de Genève, cette différence s’explique par le rôle de précurseur qu’a joué Genève dans la prévention des risques de la toxicomanie. La mise en place du système d’échange de seringues remonte à 1991, alors que Lausanne l’a introduit en 1996. Par ailleurs, la capitale vaudoise ne possède pas de local d’injection contrairement à Genève –Quai 9 existe depuis fin 2001.

Parmi les activités de réduction des risques, il faut citer la création de «Première ligne» qui reprend une partie des activités du Groupe sida et dont l’objectif principal est la réduction des risques liés à la drogue. Ou, comme l’explique plus précisément son directeur Christophe Mani, «d’aider la personne à traverser une phase de dépendance avec un minimum de dommages physiques». Le sida est une des priorités de l’association. Le Bus itinérant prévention sida (BIPS) a accueilli depuis son ouverture en 1991 plus de 3500 usagers. Aujourd’hui, sa fréquentation s’élève à 80 passages par jour. Du côté de Quai 9, 1370 personnes ont fréquenté le lieu d’accueil et d’injection depuis 2001. Une moyenne de 100 injections par jour y sont pratiquées. Pour l’année 2004, M. Mani se targue de bénéficier d’un pourcentage de retour de seringues de 96%. Pour le directeur, les lieux d’accueil de «Première ligne», loin d’inciter à la consommation de drogue, ont contribué à la diminution de la transmission du sida et favorisé la création d’une relation de confiance, indispensable à la prévention. Un nouveau centre de conseils et de tests destiné avant tout aux homosexuels va, de plus, ouvrir ses portes aux Pâquis en 2005.

Les femmes d’abord

Le conseiller d’Etat Unger a également annoncé hier la signature d’un contrat de partenariat avec l’Association de solidarité des femmes africaines à Genève qui, depuis 2003, apporte son appui aux femmes africaines infectées vivant dans le canton. Au niveau international, le thème de la journée du sida, sera cette année les femmes. Deux fois plus susceptibles de contracter le VIH à l’occasion d’un rapport sexuel non protégé, elles restent souvent par ailleurs dépendantes de l’homme pour assurer leur protection contre le virus. A cela s’ajoutent des discriminations liées au statut, à la culture ainsi qu’à la situation familiale propre au genre. A Genève, un tiers des personnes infectées sont des femmes. Et 55% le sont par voie sexuelle.

[1] Entre 15 et 25 dépistages VIH positifs par 100000 habitants.

24.11.04 par Virginie Poyetton
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

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