Drogue: le «tout répressif» minerait le modèle genevois

A Genève, la politique en matière de dépendance aux drogues a été menée dans la durée, sous l’égide de plusieurs conseillers d’Etat, sans polémique, sans heurts politiques, sans création de scène ouverte.

A Genève, la politique en matière de dépendance aux drogues a été menée dans la durée, sous l’égide de plusieurs conseillers d’Etat, sans polémique, sans heurts politiques, sans création de scène ouverte.

Cette politique d’avant-garde a servi de modèle à ce qui est devenu la politique de la Suisse en la matière. Elle est appelée parfois des trois et parfois des quatre piliers: la prévention et l’éducation à la santé; la prise en charge sociale et sanitaire; et la répression. Ceci a été possible parce que (c’est suffisamment rare pour être souligné), trois départements ont su travailler la main dans la main, aussi sous l’égide de plusieurs conseillers d’Etat fort divers: l’instruction publique, l’action sociale et la santé (aujourd’hui séparé en deux entités distinctes) et le département de justice et police (devenu le département des institutions).

Toute velléité de dissocier ces piliers ou d’en privilégier un est vouée à l’échec et entraînerait un coûteux gaspillage, singulièrement le tout répressif (voir Tribune du 22 avril). Ces phénomènes sont visibles chaque jour dans divers autres pays Il y a lieu donc de rappeler des notions de base.

Premièrement, toutes les sociétés humaines ou presque, ont connu des dépendances sous diverses formes (produit ou comportement). Eradiquer la toxicomanie est une chimère dangereuse, bafouant les droits humains élémentaires.

Deuxièmement, les personnes dépendantes ne tombent pas du ciel. Elles sont nos enfants, nos frères et nos soeurs. Inutile d’aller les chercher sur Sirius donc ou d’essayer de les y envoyer.

Troisièmement, la police, les pédagogues, les travailleurs sociaux et les agents de la santé doivent travailler ensemble et se respecter. C’était le «miracle» de Genève et cela doit être préservé. Nul ne doit demander à l’autre de ne pas faire son travail sous prétexte de devoir faire le sien.

Quatrièmement, ce «miracle de Genève» était dû à une commission mixte (public privé) intégrant toutes celles et tous ceux qui se trouvaient impliqué-e-s dans cette entreprise, y inclus police et juges. Cela a permis la créativité et la concertation. Corollaire: Genève a pu créer des équipements remarquables qui ne doivent pas être démolis par l’actuel climat politique en matière de finances.

Cinquièmement, toxicomanie ou autres phénomènes sociaux contemporains exigent:

  • un domaine public éclairé fortement dans tous ses recoins;
  • aucune portion du territoire cantonal où la police ne pénètre pas;
  • une intolérance à toute tentative de constituer ne serait-ce qu’un embryon de scène ouverte, par une politique d’information préalable indiquant constamment les lieux où une aide est disponible;
  • des forces de l’ordre bien visibles partout.

Ce dispositif à un prix, mais il est probablement beaucoup moins cher que certaines dérives. A ce propos, il ne paraît pas excessif d’exiger un surcroît de créativité à la commission mixte et un regain d’intérêt constructif pour ce domaine de la part des responsables politiques concernés au premier chef, le social et la santé, en collaboration constante avec l’instruction publique et les institutions.

Sixièmement, depuis vingt ans, tout le monde s’accorde à dire que la loi fédérale de 1951/1975 est inapplicable. Mais nous sommes très divisés sur ce qu’il faudrait pour remplacer ce texte

En tout cas, il n’est pas possible de bâtir une politique en matière de toxicomanie en partant du produit. Il n’y a ni produit anodin, ni produit diabolique. Il n’y a pas deux êtres humains qui réagissent de la même manière au même produit, légal ou illégal. Qui se souvient du rapport Schild? Monsieur Couchepin, ayez le courage de sortir ce document de vos tiroirs et mettons-nous tous et toutes au travail.

15.05.08 par Albert Rodric ancien député
Tribune de Genève- http://www.tdg.ch

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