«Quai 9 tient un rôle essentiel dans le dispositif genevois»

TOXICOMANIE – Le conseiller d’Etat Pierre-François Unger rejette les accusations du Mouvement citoyens genevois contre le local d’accueil et d’injection.

Les attaques du Mouvement citoyens genevois menacent-elles le local d’injection? En aucun cas, assure le ministre de la Santé Pierre-François Unger. Si certaines nuisances ne sont pas à nier, ni à prendre à légère, Quai 9 a fait ses preuves dans le dispositif cantonal de lutte contre la toxicomanie, qui est caractérisé par sa diversité et sa complémentarité, estime l’ancien médecin urgentiste. Interview.

Comment analysez-vous la campagne du MCG contre Quai 9?

Pierre-François Unger: Ce sont des attaques extrêmement malhonnêtes, une opération de décrédibilisation assez moche qui repose sur une information fausse. Il y a une enquête de police en cours. On sait toutefois que la personne arrêtée en mars pour deal n’était pas ‘un cadre’ de Quai 9, mais probablement un usager qui travaillait quelques heures au bar dans le cadre d’une prestation sociale qu’offre l’association. Ensuite, le MCG en tire des conséquences tout aussi erronées.

Comme la demande de transférer les activités de l’association aux Hôpitaux universitaires?

Je ne sais pas si c’est encore d’actualité, ayant eu plusieurs versions de la motion… Sur le fond, c’est absurde, car les structures hospitalières existent déjà et remplissent bien leur rôle dans le dispositif genevois de lutte contre la drogue. Quai 9 vise une autre clientèle, si j’ose dire.

Le Conseil d’Etat tient-il toujours à sa place?

Oui. Dans la politique cantonale des quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques et répression), ce lieu est essentiel. Il sert à trouver des points d’accroche en accueillant une population médicalement malade et socialement très désinsérée. L’idée est ensuite de leur permettre de grimper les seuils dans le système de prise en charge.
En matière de santé publique, les résultats de Quai 9 sont d’ailleurs assez spectaculaires. La forte réduction des overdoses mortelles, la baisse importante des infections (HIV, hépatites) observées à Genève en sont des marqueurs.

Pensez-vous que la motion du MCG ait une chance de passer la rampe au Grand Conseil?

Non, aucune. Mais ce sera une bonne occasion de réaffirmer le bien-fondé de notre politique, qui a montré son efficacité depuis plus de vingt ans. Grâce à sa diversité. L’abstinence reste un but. Pour y parvenir, il faut une offre de soins adaptable à chaque situation, avec des paliers distincts, plutôt qu’un seul modèle.

Première ligne cherche régulièrement des fonds privés pour financer des projets. L’Etat ne devrait-il pas s’engager plus?

Il est déjà très engagé par le biais d’un contrat de prestations quadriennal. Et je n’ai aucune arrière-pensée m’empêchant de présenter les crédits nécessaires au Grand Conseil. Seulement, si des projets n’y figurent pas ou sont lancés en cours de route, il est normal que Première ligne les financent autrement. La politique de lutte contre la drogue associe de toute façon une multitude d’acteurs, et pas uniquement l’Etat.

Le «modèle genevois» suscite l’intérêt au-delà des frontières. Comment voyez-vous son évolution?

Comme je l’ai dit, le système fonctionne bien. Une chose à laquelle nous devons veiller, c’est qu’il assure une grande souplesse entre les types d’approche à disposition. Dans un autre registre, j’estime que le projet de Quai 9 de ‘valorisation des compétences sociales1′ est une très bonne chose. On pourrait mettre davantage l’accent sur ce genre de travail communautaire et d’intérêt public.

20.04.10 par Olivier Chavaz
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

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