Tolérer au nom de la santé ce que la loi interdit

TOXICOMANIE • Pierre-Yves Aubert* dresse le bilan d’une vingtaine d’années d’existence des lieux d’accueil à Genève.

En quelque vingt ans, la politique dite des quatre piliers de la Confédération et du canton de Genève a permis de considérables avancées, notamment sur le plan sanitaire. Les problèmes liés aux usages problématiques de drogues ne sont toutefois pas tous résolus. Les lieux d’accueil gérés par Première ligne sont des observatoires privilégiés de la situation sociale et sanitaire des usagers, mais également des difficultés rencontrées par les habitants du quartier dans lequel nous sommes implantés.

On s’accorde à dire que l’apparition du sida et ses conséquences dramatiques sur le plan sanitaire pour les usagers de drogues sont à l’origine de l’émergence de la réduction des risques. Pourtant, bien en amont, des professionnels de la santé et du social, des juristes et des législateurs s’interrogeaient déjà sur le binôme «traitement-répression», qui imposait aux uns l’abstinence pour obtenir des soins, et aux autres le supplice de Sisyphe, chassant un marché sans cesse réalimenté. Ils en appelaient à la paix des drogues face à une guerre sans issue.

En effet, la prohibition constitue de fait une situation de déréglementation totale, empêchant tout contrôle. La situation actuelle des marchés économiques est une cruelle démonstration des conséquences funestes de l’absence de réglementation.

En mettant en place des structures de réduction des risques, le canton de Genève a fait œuvre de pionnier et mis en évidence la nécessité de concilier les intérêts de santé et de sécurité publique. L’apparente divergence de ces pôles – on tolère au nom de la santé ce que la loi interdit – a été gérée au quotidien par les intervenants sur le terrain, modifiant ainsi l’image des usagers de drogues.

Mais cet équilibre reste fragile. La situation sanitaire des usagers s’est considérablement améliorée, comme en témoigne le vieillissement de cette population; toutefois, la persistance dans nos rues d’une économie mafieuse et son cortège de violences et d’incivilités nous montre le chemin encore à parcourir.

*Président de Première ligne, association genevoise de réduction des risques liés aux drogues.

04.01.12 par Pierre-Yves Aubert
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

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