La technologie au service des experts en reconnaissance de drogues


Les experts en reconnaissance de drogues du Québec devraient disposer, dans un avenir relativement rapproché, d’un nouvel outil qui viendra les soutenir dans leur évaluation de l’état des conducteurs ayant les facultés affaiblies et les aidera aussi à déterminer la classe de drogues consommées par ces derniers, qu’il s’agisse d’alcool, d’opiacées, de stimulants ou de dépresseurs, par exemple.

De gauche à droite, un consommateur volontaire anonyme portant le casque d’analyse occulaire et de gauche à droite: Marc Désaulniers de l’ENPQ, François Meunier, professeur au département de Mathématiques et Informatique de l’UQTR, membre du Laboratoire en mathématiques et informatique appliquées et David Laperrière, étudiant à la maîtrise. (Photo: UQTR)

Le prototype de cet appareil a été développé à l’Université du Québec à Trois-Rivières sous la supervision du professeur François Meunier en collaboration avec Marc Desaulniers de l’École nationale de police du Québec.

L’idée originale de cet appareil, qui a pour l’instant une forme de casque de soudeur, est attribuée à Pierre Drolet. Technicien en instrumentation pour la Sûreté du Québec, ce dernier est retourné aux études au département de Mathématiques-Informatique de l’UQTR où il a fait une maîtrise avec l’idée de standardiser les tests visant à détecter les facultés affaiblies, notamment le test du nystagmus horizontal.

Dans ce test, qui peut être réalisé à l’aide d’un simple crayon, on demande à une personne de suivre des yeux un crayon placé à quelques centimètres de son visage et se déplaçant latéralement. Lorsqu’une personne a consommé suffisamment d’alcool pour atteindre le .08, ses yeux ont alors une étrange réaction.

Au lieu de défiler de façon ordonnée d’un côté à l’autre en suivant le crayon, le globe oculaire se met à osciller de plus en plus fort à mesure que l’oeil regarde vers le côté de la tête. Plus la personne est en état d’ébriété, plus ce phénomène sera perceptible.

Le nystagmus horizontal peut toutefois survenir pour des raisons purement médicales chez un individu qui n’a consommé ni alcool, ni drogues.

Selon Marc Desaulniers, c’est la raison pour laquelle le seul test du nystagmus horizontal n’est pas suffisant pour porter des accusations de conduite avec facultés affaiblies.

Lorsqu’un conducteur échoue son alcootest ou les épreuves standards de sobriété, un expert en reconnaissance de drogues doit alors faire subir à cette personne une série de 12 tests afin de confirmer l’état de facultés affaiblies. Parmi ces tests, l’examen des yeux vient en quatrième position, explique-t-il.

Le test du nystagmus horizontal est présentement réalisé manuellement par l’expert. Le casque mis au point à l’UQTR permettra de le réaliser plutôt de façon électronique et informatisée. Cela enlèvera la partie subjective de ce test et de tous les autres tests relatifs aux yeux, explique M. Desaulniers.

“Nous aimerions ajouter d’autres paramètres au casque qui permettraient de prendre aussi le pouls et la température”, précise le professeur Meunier. L’examen des signes vitaux fait en effet partie des 12 éléments analysés par les experts de reconnaissance de drogues.

Le prototype développé à l’UQTR est maintenant capable de générer les stimuli et de capter les images de la réponse de l’oeil du sujet par rapport à différents tests oculaires utilisés par les experts en reconnaissance de drogue, soit le nystagmus horizontal, le nystagmus vertical, la convergence oculaire et la réaction de la pupille, explique M. Desaulniers.

Selon le professeur Meunier, il faudra compter entre cinq et 10 ans avant que cette technologie soit homologuée et utilisable par les corps policiers puisqu’il y a encore beaucoup de tests à réaliser afin de faire des corrélations précises entre les réactions occulaires et différentes sortes de drogues.

Source : Cyberpresse

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