Le GREA appelle à un renouveau du débat sur les drogues


Le 8 juillet 2007, lors de la première votation de ce type en Suisse romande, les lausannois ont refusé le projet d’amélioration du dispositif d’aide aux personnes toxicomanes comprenant le fameux local d’injection. Si le résultat est clair et qu’il n’y a pas matière à y revenir, le GREA se permet cependant quelques observations, afin d’encadrer le débat futur qui s’annonce sur les alternatives au projet.

La confusion des niveaux législatifs
Nous vivons en Suisse dans un système fédéral à trois niveaux, où les responsabilités et les prérogatives sont clairement définies entre la Confédération, les cantons et les communes. En matière de toxicomanie, il n’appartient pas à ces dernières de dessiner de manière autonome l’entier d’une politique drogue. Celle-ci dépend avant tout du niveau fédéral, qui encadre les pratiques locales par une législation cadre (la LStup, qui est en train d’être révisée par les chambres). Elle est ensuite mise en œuvre par les cantons, qui selon les spécificités locales, vont aménager leur propre vision sur l’ensemble du territoire cantonal. Les communes ont un rôle important certes, mais centré avant tout sur l’encadrement social, sanitaire et sécuritaire des personnes toxicomanes. Une réorganisation complète de la politique drogue, telle que proposée durant la campagne par les opposants, ne peut donc pas être mise en œuvre à l’échelle de la seule ville de Lausanne sans un réaménagement complet des législations et des pratiques cantonales et fédérales.

Une confusion regrettable sur l’abstinence
Le modèle des 4 piliers demande une collaboration efficace entre les différentes mesures et il serait hautement improductif de vouloir les opposer. Si les mesures de réduction des risques doivent être soutenues, il en va de même pour les thérapies à visée d’abstinence. Le GREA s’inquiète beaucoup de la fermeture répétée de structures de ce type en Suisse (50 fermetures d’institutions depuis 1999 !!).
Nous appelons les partis politiques à prendre leur responsabilité et à développer une vision cohérente sur les plans locaux, cantonaux et fédéraux. En pleine campagne lausannoise, sous l’impulsion des groupes UDC et radicaux-libéraux, le Parlement suisse a sabré les ressources allouées à la prévention des dépendances, avec des tours de vis spécialement appuyés sur les drogues illégales et le VIH. Nous invitons donc les participants à la campagne à reprendre ces questions capitales aux niveaux des appareils de partis et des structures législatives idoines (Grand conseil et Chambres fédérales), afin d’augmenter le soutien aux mesures de prévention et de traitements, si tel est bien un objectif partagé par tous.

Maintenant, regardons vers l’avenir
Les addictions en général, et la question des drogues illégales en particulier, font partie des objets politiques qui ont toujours une forte composante émotionnelle. Il ne faut pas forcément le regretter, tant ce sujet nous touche tous, en tant que membres d’une même communauté. Nous comprenons cet investissement émotionnel comme un signe de la nécessaire solidarité et empathie qui fondent le lien social et qui, quoi qu’on en dise, incluent les personnes marginales ou toxicomanes. Cependant, quand on en vient à mettre en place des mesures sur le terrain, avec de l’argent public, il convient aussi de s’appuyer sur des éléments concrets et chiffrés, issus de recherches scientifiques tangibles, mais sans les opposer au nécessaire débat de société sur les usages de drogues. Cette campagne aura été une démonstration supplémentaire de la difficulté à construire un débat social et politique sur les toxicomanies.
Nous formulons donc le souhait que la poursuite du débat lausannois, vaudois, voire romand, sur ces objets puisse se faire dans le calme, avec de vrais débats de fond sur ces questions fondamentales. Les éléments avancés par le front du refus ne proposent pour l’instant tout au plus qu’un retour à la politique de « lutte contre la toxicomanie » des années 70 et 80. Politique qui a dû être adaptée et développée dans le modèle des 4 piliers, aujourd’hui largement accepté.
La politique des drogues nous concerne tous ! Attelons-nous à cette tâche avec sérieux et détermination.

Source : GREA

Mots-clés : , , , , ,
Imprimer cet article Imprimer cet article

Liens et Informations

Entrer en lice en commentant, suivant ce que les autres ont a dire, ou en y référant depuis votre blog.


Autres articles
Cannabis : Les produits surdosés sont rares
Des patients deviennent accrocs aux somnifères

Commentaires de lecteurs

Désolé, les commentaires ne sont plus possibles.