Gordon Brown déclare la guerre au cannabis
C’était jour de foire mercredi à Brixton, dans le sud de Londres. Les rastas, les jeunes familles et les marchands se mêlaient joyeusement au son de la musique reggae dans le parc Brockwell.
Des effluves de marijuana planaient ici et là. Une odeur familière dans un quartier synonyme de pauvreté, de violence et, surtout, de drogues pour beaucoup de Londoniens.
Impossible de faire deux pas sans se faire demander: «Skunk? Pot?» par un homme aux yeux injectés de sang.
C’est pourquoi beaucoup de résidants ont applaudi Gordon Brown la semaine dernière lorsqu’il a ressuscité le débat sur l’épineuse question du cannabis.
Le premier ministre britannique a souhaité la semaine dernière que la politique de répression face à cette drogue soit durcie. Au lendemain de cette annonce, sept membres de son cabinet, dont la ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, ont admis avoir inhalé l’herbe défendue dans leur jeunesse.
«J’étais à l’université. C’était une erreur et je ne l’ai pas refaite depuis 25 ans», s’est justifiée Jacqui Smith, elle-même responsable du dossier des stupéfiants.
Des déclarations embarrassantes qui n’ont toutefois pas créé de polémique chez les électeurs maintenant habitués à ce genre d’aveux.
Depuis une réforme législative en 2004, les fumeurs de marijuana pincés par la police s’en tirent avec un simple avertissement. Pas d’amende. Pas de casier judiciaire. La raison est avant tout pragmatique: libérer les effectifs policiers pour les drogues dures. Cette trêve pourrait prendre fin bientôt.
Gordon Brown, fils de pasteur, aimerait que le cannabis soit reclassé dans la catégorie «B», en compagnie des amphétamines (speed) et des somnifères. Un comité consultatif se penchera bientôt sur la question.
Troubles mentaux
À la foire de Brixton, les esprits s’échauffaient mercredi lors d’un débat organisé par le conseil municipal. «En interdisant la marijuana, le gouvernement a créé un marché criminel et dangereux, affirme Shane Collins, porte-parole du Parti vert. Ce que Gordon Brown propose est un retour en arrière et va rendre le cannabis encore plus attrayant pour les jeunes.»
«Foutaise!» s’est écrié du fond de la tente Lloyd Leon, ancien maire de la circonscription avant de s’avancer. «Je vois de mes propres yeux les ravages de la drogue chez nos jeunes, dit-il. Le cannabis qui circule dans les rues est beaucoup plus fort qu’il y a cinq ou 10 ans. La plupart des jeunes Noirs qui ont des problèmes mentaux en ont déjà consommé.»
Lloyd Leon, aujourd’hui travailleur social, a soulevé l’argument majeur qu’emploie le camp en faveur des mesures de répression. L’herbe vendue de nos jours renferme trois fois plus de THC qu’il y a 10 ans, selon plusieurs études. Résultat, les cas de psychoses et de schizophrénie explosent depuis quelque temps.
Les hospitalisations psychiatriques chez les fumeurs de marijuana ont augmenté de 63% depuis cinq ans.
Les activistes concèdent que la drogue est moins douce qu’elle ne l’était. Toutefois, le fait qu’elle soit vendue sur le marché noir fait partie du problème, selon eux.
«C’est rentable pour les dealers qu’elle soit plus forte, affirme Steve Rolles, du groupe de réflexion Transform. Si la substance était réglementée et encadrée légalement, il y aurait un meilleur contrôle sur sa qualité.»
Source : cyberpresse.ca
Mots-clés : angleterre, cannabis, répression
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