Ile Maurice: Pénurie artificielle de drogue pour faire grimper les prix
Les trafiquants ont aussi leurs tactiques, disent les travailleurs sociaux : ainsi, le manque de certaines substances pourrait pousser les toxicomanes vers d’autres drogues, dont le “brown sugar” (héroïne brune).
“Enn kar sibitex ine vinn Rs 1 200, de semen de sela li ti pe vann Rs 200″, dit Ali. Cet ancien toxicomane est en cure de désintoxication, mais il n’a pas perdu son contact avec la rue. Comme les autres personnes à qui nous avons parlé, Ali confirme la pénurie actuelle sur le marché de la drogue à Maurice. Toutefois, cette pénurie serait artificielle, selon plusieurs de nos interlocuteurs.
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José Ah-Choon, du Centre d’accueil de Terre-Rouge, parle de tactique des trafiquants. Selon lui, ceux-ci auraient décidé d’écouler leur réserve de drogue au compte- gouttes, afin de pouvoir faire monter les prix. Depuis deux semaines, son centre reçoit la visite quotidienne de 15 à 20 drogués en manque, à la recherche de médicaments pour se sevrer.
Ali, qui connaît bien le milieu, explique que le prix du Subutex à atteint des sommets depuis deux semaines, passant à Rs 4 800 la pilule, alors qu’il y a peu, une plaquette coûtait à peu près le même prix. La majoration est moins spectaculaire pour l’héroïne ; une dose serait passée de Rs 200 à Rs 350. Même constat pour le cannabis : un pouliah coûterait autour de Rs 250, alors qu’il coûtait encore récemment Rs 100.
Ali nous signale toutefois que la raison de la pénurie de cannabis serait différente : dans ce cas, les risques seraient plus gros pour le trafiquant, alors que les revenus ne seraient pas aussi importants que pour les drogues dures. En effet, il parait plus simple de dissimuler une plaquette de Subutex, qui rapporterait au moins Rs 10 000.
Cadress Rungen, porte-parole du Groupe (A) de Cassis, parle de chance pour les travailleurs sociaux. “C’est une opportunité que nous avons d’aider les toxicomanes à s’en sortir.” Pour lui, il peut y avoir deux raisons à cette pénurie. Il confirme que cela peut être dans le but de faire grimper les bénéfices et ajoute que cette pénurie est peut-être aussi liée au fait que certains trafiquants veulent ramener le brown sugar en masse sur le marché local.
Prévention
L’autre explication de ce travailleur social est tout simplement que la police fait son travail. Il rappelle de récentes interventions policières qui auraient pu jouer sur l’approvisionnement en drogue, surtout en Subutex. Du côté de l’Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu), on assure que la répression est permanente envers les trafiquants. L’Adsu affirme aussi faire son travail comme il faut. Il ne sévit pas uniquement, mais fait aussi de la prévention dans le milieu de la drogue.
Cadress Rungen évoque aussi la méthadone, un opiacé analgésique. C’est un médicament utilisé pour sevrer les toxicomanes. Le rôle de la méthadone est de remplacer une dépendance grave par une dépendance sous contrôle médical. Qui plus est, la méthadone est prise par voie orale, ce qui limite aussi les risques de transmission du sida et d’autres maladies. Controversé dans le monde, ce médicament ne fait pas non plus l’unanimité à Maurice.
Depuis peu, la méthadone est disponible dans les hôpitaux pour un traitement. Cadress Rungen note qu’un toxicomane doit être inscrit dans un centre de désintoxication, comme le centre Idrice Goomany, pour avoir accès à ce traitement coûteux. Et la liste d’attente serait longue. “Cela signifie que beaucoup de toxicomanes veulent s’en sortir”, dit Cadress Rungen.
Dany Philippe, ex-toxicomane et travailleur social, confie qu’une pénurie arrive une ou deux fois par an. Ce serait une tactique de marketing des trafiquants. Ali confirme, mais ajoute qu’il y a une particularité à la pénurie actuelle. Il nous explique qu’en général, il n’y a pas de pénurie de Subutex et d’héroïne en même temps, or c’est le cas en ce moment.
Source : All Africa
Mots-clés : afrique, dépendance, drogue, Héroïne, ile maurice, médicament, méthadone, pénurie, police, prévention, répression, sida, subutex, trafic, Traitement
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