Canada : La réduction des méfaits en péril


Le Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP Montréal) diffuse un communiqué de presse intitulé : La réduction des méfaits en péril.

MONTRÉAL, le 26 oct. /CNW Telbec/

La nouvelle stratégie antidrogue du gouvernement Harper, que le GRIP Montréal considère déjà désuète, est le point culminant d’une tendance nationale à négliger la réduction des méfaits qui a pourtant amplement fait ses preuves.

La réduction des méfaits est une approche qui a émergé dans les années 80 face au flagrant constat d’échec des approches classiques de réduction de l’offre et de la demande pour prévenir l’épidémie du VIH/SIDA et ses coûts associés. Cette approche pragmatique et humaniste a depuis fait ses preuves dans plusieurs sphères de la santé publique. Elle doit faire partie du continuum de services et d’approches pour couvrir tous les besoins de la population. Elle fait d’ailleurs partie des quatre piliers (prévention/promotion, traitement, répression et réduction des méfaits) des politiques des gouvernements les plus efficaces en la matière. Sans la réduction des méfaits, toute stratégie ressemble à une table bancale.

Néanmoins, la réduction des méfaits est en net recul au Canada et au Québec. D’abord, malgré le fait que le ministère de la santé et des services sociaux du Québec (MSSS) affirme qu’elle est son approche privilégiée, il n’a pas réussi à l’intégrer dans le plan d’action interministériel en toxicomanie adopté au printemps 2006 (contrairement au précédent plan du MSSS qui reposait principalement sur cette approche). Les autres ministères (Sécurité publique, Justice, Éducation, Transport, etc.) sont, semble-t-il, trop frileux à cet égard. Au Canada, la nouvelle stratégie canadienne antidrogue ne prévoit aucune mesure ni argent pour la réduction des méfaits. M. Harper a même affirmé que la réduction des méfaits est au mieux une stratégie de second ordre. Il songe même à ne pas renouveler la licence de In Site, un lieu d’injection supervisée qui a fait ses preuves à un point tel que la police de Vancouver endosse maintenant ce projet, contrairement à sa position initiale, après en avoir constaté les bienfaits dans Vancouver Eastside. Est-ce par idéologie ou ignorance? La réduction des méfaits touche pourtant deux éléments centraux de l’idéologie conservatrice : réduction de la criminalité et réduction du fardeaux fiscal des contribuables. Les conservateurs doivent donc se questionner sur l’incohérence entre certaines de leurs valeurs : morale contre sécurité et économie.

Si la tendance se maintien, nous assisterons à une augmentation des problèmes et des coûts (individuels et sociaux) liés à la toxicomanie incluant l’augmentation du VIH et du VHC, l’augmentation des emprisonnements et plus encore. Nous devons faire un choix : soigner les personnes selon les connaissances ou construire des prisons et ruiner les finances publiques (et des vies). Ne suivons pas les traces des É-U qui en sont arrivés à un échec avec leur fameuse guerre à la drogue. En effet, à en croire Richard Stevenson du Fraser Institute (think tank conservateur), depuis que Nixon a déclenché la guerre à la drogue, les É-U n’ont jamais cessé de voir le problème grossir à pratiquement tous les niveaux (augmentation du nombre de consommateurs, d’incarcérations, des coûts, de la corruption, etc.). La prohibition en matière de drogues cause plus de dommages individuels et sociaux que les drogues illégales elles-mêmes.

Le GRIP Montréal, avec ses dix années d’expérience en matière de réduction des méfaits auprès des jeunes consommateurs de drogues de synthèse, est convaincu que la réduction des méfaits, en son sens large, devrait être la pierre d’assise et la philosophie des politiques publiques en matière de drogues. Les politiciens doivent avoir le courage de choisir des approches qui fonctionnent malgré le vent de droite et de conservatisme qui souffle sur l’électorat et qui suggère des solutions coercitives toutes aussi inefficaces et problématiques les unes que les autres. Sinon, nous nous dirigeons vers un échec.

Source : Portail francophone d’appui aux professionnels, pour l’avancement du traitement de la dépendance aux opioïdes

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