“Narcoculture” mexicaine


La «narcoculture» est arrivée » titre Le Point qui observe qu’au Mexique «les narcotrafiquants inspirent les romanciers et les plasticiens, mais aussi des groupes de musique qui à la façon des troubadours du Moyen Age célèbrent leurs exploits dans des mégaconcerts ou dans des fêtes très privées».

Gros plan sur le groupe Los Tigres del Norte qui joue ce soir là à Aguascalientes devant 10.000 personnes, avec ce refrain repris en chœur par le public «Je suis le chef des chefs, messieurs, on me respecte à tous les niveaux, ni mon nom ni ma photo ne peuvent être vus dans les journaux. Ou les journalistes m’aiment ou ils perdent mon amitié…». Indiquant qu’il s’agit du groupe numéro 1 au Mexique qui a récolté deux Grammy Awards aux Etats-Unis, le journal précise que depuis 1972, ils enchaînent des «hits stupéfiants» comme «Contrebande et trahison» sur la trafiquante Sandra Avila Beltram mais aussi cet autre morceau sur l’ancien patron du cartel de Juarez qui peu avant sa mort avait lui-même commandé la chanson aux Tigres «histoire (…) d’asseoir sa légende et sa réussite».

Le magazine qui évoque les différents groupes donnant dans ce genre, précise que sur les pochettes de disques, ils posent avec des fusils d’assaut dans les champs de marijuana ou simulent des transactions de poudre blanche, leurs paroles chantant le trafic, la vie des grands parrains, les règlements de comptes entre cartels. D’après un chercheur, ce genre musical, «corridos», existe «depuis la révolution des années 10 (…) ce sont des chansons qui racontent des histoires (…) dans la tradition des troubadours. Elles s’inspirent de la vie des gens. D’abord celle des révolutionnaires, puis à partir de 1925 celle des «tequileros» les cow boys (…) qui sont devenus contrebandiers d’alcool pendant la prohibition (…) Après la tequila, est venu le temps de la marijuana (…) celui du trafic de cocaïne (…). Depuis (…) l’avènement des cartels les narcorridos ont explosé et représentent aujourd’hui 80% de la production musicale».

L’hebdo qui note que les sept cartels mexicains de la drogue, dont le bénéfice atteindrait environ 20 milliards de dollars, jouent un rôle économique et social important dans le pays, estime qu’il n’est pas étonnant qu’ils aient «donné naissance à une véritable culture populaire» car selon le chercheur, pour «le petit peuple mexicain (…) les narcos sont des modèles de réussite sociale (…) se substituant à un Etat absent». Indiquant que selon une enquête de 2006, «85% des adolescents rêvent de devenir narcotrafiquant…».

Le Point affirme que la production musicale serait largement soutenue par les trafiquants eux-mêmes, très proches de certains musiciens qui jouent souvent dans leurs fêtes privées. L’un d’entre eux affirme «avec les cartels j’ai une relation de travail et d’amitié». D’après le journal, «les petites mains du trafic» qui n’ont pas les moyens de s’organiser de tels concerts se rabattent sur les petits clubs de Tijuana ou de Monterrey accueillant les musiciens qui veulent «chanter la poudre». Le magazine qui indique que «trafic et musique se mélangent jusqu’à se confondre», évoque l’assassinat d’un musicien, criblé de balles à la sortie d’un concert, ou celui d’un trafiquant devenu musicien qui eut droit à son mausolée à Culiacan dans une chapelle «constellée d’ex- voto à la gloire des narcos défunts» que les plus pauvres des mexicains fréquentent en masse.

Gros plan sur Julian sautant d’un 4×4 aux vitres teintées en chemise Versace surbrodée de trois animaux fétiches du trafic et qui distribue 400 dollars en cash aux musiciens convoqués pour «fêter une réussite professionnelle», les mauvaises langues parlant d’un transport de drogue réussi à destination des Etats-Unis. Soulignant que la nouveauté est que la culture narco quitte désormais la sphère populaire pour la sphère branchée de l’art contemporain, l’hebdo évoque une «installation du dernier chic» faite du sang mêlé d’eau de trafiquants morts, transformé en vapeur, ou la mise en scène par une autre artiste de leurs vêtements ensanglantés au musée d’art de la ville. Avec parmi les mécènes importants, des narcotrafiquants.

Source : M.I.L.D.T.

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