Québec - Communiqué de presse : La réduction des méfaits au cœur de l’intervention en toxicomanie


En réaction au dévoilement récent de la nouvelle stratégie canadienne antidrogue, le Cran diffuse aujourd’hui un plaidoyer pour que l’approche de réduction des méfaits soit placée au centre d’une politique cohérente en matière de drogue.

La réduction des méfaits au cœur de l’intervention en toxicomanie

En matière de dépendance aux drogues, l’approche de réduction des méfaits qui vise principalement à permettre aux usagers de drogues de réduire les conséquences négatives liées à leur consommation, a fait ses preuves. Il est en effet bien documenté que les politiques découlant de cette approche (accès facilité à des seringues stériles, éducation à l’injection sécuritaire, traitement de substitution, intervention dans milieu de vie, lieu d’injection sécuritaire, réponse aux besoins de base) ont largement contribué à endiguer la pandémie du sida chez les usagers de drogues ainsi qu’à réduire la mortalité dans cette population. Les acquis sont toutefois fragiles et les défis à relever en matière de réduction des méfaits, tant sanitaires que sociaux, demeurent nombreux.

Malgré cela, 25 ans après sa naissance, l’approche de réduction des méfaits demeure mal comprise et fait l’objet de nombreuses attaques, allant jusqu’à remettre en question son bien-fondé et la pertinence d’un investissement public en la matière.

Les attaques portées à l’égard de l’approche de réduction des méfaits ainsi qu’aux politiques et actions qui en découlent, reposent généralement sur des bases idéologiques, prônant l’idéal d’une société sans drogues. Or, l’usage légal ou illicite des drogues fait partie de la vie de l’espèce humaine depuis la nuit des temps. Celles-ci nous sont d’ailleurs précieuses à certains égards, entre autres dans le traitement de la douleur chronique.

Les psychotropes sont donc bien présents dans nos vies et cet état de fait ne peut que perdurer, quelle que soit son intensité. Aussi, l’abus et la dépendance aux drogues, bien que pouvant être prévenus et contrôlés dans une certaine mesure, ne peuvent être complètement évités. Il convient donc de réduire au maximum les risques qu’ils occasionnent tout en intervenant préventivement sur les déterminants socioéconomiques et de santé liés à l’usage abusif et au développement de la dépendance, et ce, sans pour autant inciter, ni à l’usage, ni à l’abus.

Par ailleurs, les recherches actuelles en neurosciences nous permettent de mieux comprendre le phénomène de la dépendance et confirment le caractère illusoire d’un système prônant l’abstinence comme objectifs à court terme pour toute personne vivant un problème de dépendance.

Dans un tel contexte, le Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (Cran), pionnier québécois dans le traitement de la dépendance aux opioïdes (héroïne, morphine, opium, etc.), tient à souligner son inquiétude face à la nouvelle stratégie canadienne antidrogue présentée récemment par le gouvernement Harper. Celle-ci mise en effet davantage sur la répression, la sensibilisation des jeunes face aux dangers de l’usage et des interventions curatives prônant l’abstinence pour tous, plutôt que sur une approche visant l’atteinte d’objectifs d’amélioration de la santé publique, dans un contexte d’efficience.

En effet, la réduction des méfaits est complètement absente de la nouvelle stratégie canadienne antidrogue. Des actions de réduction des méfaits, telles que le site d’injection supervisé de Vancouver, sont vivement menacées par le gouvernement alors que plusieurs études scientifiques mettent en évidence les nombreux impacts positifs de cette initiative. À cet égard, en septembre dernier, le docteur Stephen W. Huang , chercheur et professeur au Département de médecine de l’Université de Toronto, appuyé par 130 collègues, publiait dans Open Medicine, vol. 1, no 2 (2007), un article intitulé Science et idéologie (à télécharger ici). Cet article dénonce les positions, non fondées sur les données probantes, du gouvernement à l’égard de la politique de réduction des méfaits et exhorte la communauté scientifique à sortir de sa réserve pour entrer dans le débat public en la matière.

Le Cran considère que la réduction des méfaits doit être placée au cœur des interventions en matière de traitement de la dépendance. Outre le fait de permettre aux personnes dépendantes de réduire les conséquences négatives de leur consommation, conséquences qui ont un coût social important, une approche centrée sur la réduction des méfaits permet la création d’une alliance thérapeutique qui sera déterminante pour accompagner, à leur rythme, chacune des personnes dépendantes dans leur parcours de rétablissement.

Nous craignons que la campagne « anti réduction des méfaits » lancée par le gouvernement de Stephen Harper contribue à accroître la stigmatisation sociale dont sont victimes les personnes dépendantes, entre autres celles qui bénéficient d’un traitement à la méthadone, créant ainsi un obstacle supplémentaire à leur insertion sociale et professionnelle.

Un tel positionnement pourrait également nuire à la perception qu’a le grand public des enjeux liés aux traitements de substitution et de la valeur ajoutée que représentent les actions de réduction des méfaits au sein d’une politique publique en matière de drogue. Ceci pourrait avoir un effet néfaste sur l’impact de nos actions visant à faire reconnaître les traitements de substitution et à recruter, à l’échelle provinciale, un nombre suffisant de médecins pour que les personnes dépendantes des opioïdes qui le souhaitent puissent recevoir un traitement adapté à leur situation.

Nous souhaitons donc que les efforts nécessaires soient déployés, tant au niveau provincial que fédéral, pour que l’approche de réduction des méfaits et les actions qui en découlent soient intégrées aux politiques publiques en matière de santé, de services sociaux et de drogue et fassent l’objet d’investissements cohérents. Nous souhaitons également que nos gouvernements s’assurent que les pratiques cliniques en la matière se basent sur les données probantes les plus récentes et que les services offerts soient suffisamment accessibles pour répondre aux besoins observés.

Comme moyen d’intervention, la répression a largement démontré ses limites et peut représenter un obstacle à la réinsertion sociale des usagers de drogues illicites. Ne faudrait-il pas plutôt adopter un positionnement qui soit favorable à l’investissement social et en santé pour mieux accompagner et traiter ceux qui nécessitent des soins adaptés en raison de leurs dépendances et des conditions de vie souvent difficiles qui en découlent?

Source : Portail francophone d’appui aux professionnels, pour l’avancement du traitement de la dépendance aux opioïdes

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