Le cannabis fait tourner les têtes du nouveau parlement
Faut-il dépénaliser la culture et la consommation de chanvre? La question est au menu demain du Conseil national issu des dernières élections. Avant le débat politique, le point dans les milieux concernés.

Chanvre, le retour. Après le refus du Conseil national, en 2004, d’entrer en matière sur la révision de
Demain, le Conseil national se penchera sur cette question. Mais, alors qu’en 2004 la dépénalisation avait échoué d’un cheveu, la ligne dure semble désormais avoir repris le -dessus, particulièrement en Suisse romande.
Des études ont semé le trouble, qui affirment que le cannabis est potentiellement plus dangereux que l’ecstasy et le LSD. Voilà qui contredit d’autres experts, pour qui un joint occasionnel ne pose pas de problème majeur de santé publique. Dans le doute, les enseignants prônent désormais l’abstinence. «La tolérance, c’est bien joli, mais ensuite, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent», s’exclame Jean-Marc Haller, secrétaire général de
Restent les chiffres: plus de 700 000 personnes âgées de 15 à 39 ans auraient déjà fumé du cannabis. Entre sonnettes d’alarme et appels au calme, que penser? L’avis des principaux concernés.
Le chanvrier anonyme. Louis (prénom fictif).
Depuis quarante ans, Louis fume. Et il en est persuadé: «C’est beaucoup moins dangereux que l’alcool, qui a tué 55 000 mineurs en Europe l’an dernier. Les joints rendent paisibles, mais on ne voit pas des éléphants roses.» Pour décrire la situation actuelle, Louis parle d’«hystérie». Il y a quelques années, ce quinquagénaire est devenu producteur. «Depuis quelque temps, regrette-il, la politique est devenue beaucoup plus agressive. La police suit de très près notre travail.» Forcément, ce chanvrier soutient la dépénalisation: «C’est le seul moyen de contrôler ce qui est vendu. Nous pourrions par exemple écrire sur les sachets la teneur en THC (ndlr: la substance psychoactive) de nos produits. Par contre, le processus doit être contrôlé car ce produit est négatif pour les jeunes.»
Le policier. Yvan Perrin, conseiller national (UDC, NE).
«Ma position a toujours été claire, souligne l’inspecteur à
La spécialiste de la prévention. Corine Kibora, de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies.
Corine Kibora est opposée à l’initiative qui sera débattue demain au Conseil national. «L’ISPA se montre réservé quant à l’idée de créer un marché contrôlé. Par contre, en tant que professionnels de la prévention, nous sommes en faveur d’une dépénalisation de la consommation, à condition de prévoir des règles pour les mineurs ou encore au travail ou sur la route.» L’idée étant que si l’on ne traite pas les fumeurs comme des délinquants, il sera plus facile de discuter avec eux. Les dangers du produit? «On sait qu’ils existent, répond -Corine Kibora. Mais cela dépend de la personne, du type de consommation et du taux de THC.»
Le médecin. Jacques Besson, chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV.
«Certains peuvent certainement fumer sans problème un ou deux joints, souligne le professeur Jacques Besson. Mais nous savons que, dans les populations vulnérables, cela peut être défavorable.» Son message est clair: les consommateurs qui présentent certaines faiblesses psychologiques, qui souffrent par exemple d’anxiété ou de tristesse, devraient s’abstenir. Sinon, ils risquent de voir leurs troubles augmenter. «Dans le cas de la schizophrénie, la fumée du cannabis aggrave la maladie, précise-t-il. Mais la question de savoir si le chanvre peut déclencher de tels troubles chez ceux qui y sont prédisposés fait encore débat.»
L’adolescent. Darren Roshier, 17 ans, membre des Jeunesses socialistes.
Darren Roshier le dit sans ambages: «Beaucoup d’ados fument du cannabis et le fait que ce soit illégal n’y change rien.» Au contraire, ce jeune socialiste estime que la transparence permettrait de mieux contrôler la teneur en THC des produits vendus sur le marché. Le joint, précise-t-il, reste à la mode dans sa génération. «Pour beaucoup d’ados, l’alcool et le chanvre sont mis au même niveau.» Et la dépénalisation? «Nous en parlons entre nous. Mais même les fumeurs sont divisés sur la question. Certains pensent que cela n’est pas nécessaire.»
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