La Colombie-Britannique rompt des barrières aux soins pour les personnes atteintes d’hépatite C


Le partage d’aiguilles non stérilisées et d’autre matériel de consommation de drogues peut favoriser la transmission de beaucoup de microbes, y compris le VIH et les virus des hépatites B et C. Les hépatites B et C provoquent graduellement des lésions dans le foie en favorisant la formation de tissus cicatriciels. Le risque de lésions hépatiques graves, d’insuffisance hépatique et de cancer du foie augmente au fil du temps chez les personnes infectées par l’un ou l’autre de ces virus.

Le VHC dans le collimateur

Depuis quelques années, le recours à un traitement combiné associant l’interféron pégylé (Pegasys, Pegetron)—une forme d’interféron à longue durée d’action—et l’antiviral ribavirine a aidé certaines personnes à guérir d’une infection par le virus de l’hépatite C (VHC). Lors de certains essais cliniques, le taux de guérison allait de 50 % à 85 %.

Beaucoup d’utilisateurs de drogues sont infectés par le VHC. Selon des recherches récentes menées dans des pays à revenu élevé, une forte proportion des personnes vivant avec le VHC ne recevaient aucun soin pour cette infection. En effet, un sondage réalisé à Vancouver a révélé que seulement 1 % des utilisateurs de drogues avaient fait l’objet d’un traitement contre le VHC entre 2000 et 2005.

Pour déterminer pourquoi si peu d’utilisateurs de drogues atteints du VHC sont traités, des chercheurs de Vancouver et de Victoria ont réalisé une étude. Ils ont interviewé près de 200 volontaires vivant avec le VHC qui fréquentaient des cliniques communautaires. Leurs résultats laissent penser que des initiatives de sensibilisation au VHC et à son traitement sont nécessaires pour aider les utilisateurs de drogues à prendre des décisions relativement à leurs soins.

Détails de l’étude

En 2006, les chercheurs ont recruté des volontaires pour leur étude dans les deux cliniques suivantes de la Colombie-Britannique :

  • Cool AID Community Health Centre (Victoria);
  • Pender Community Health Centre (Vancouver).

Les volontaires ont rempli un bref questionnaire abordant des enjeux sociaux et sanitaires, ainsi que des questions liées à la consommation de drogues. Ce questionnaire avait déjà été validé lors d’études antérieures menées auprès d’utilisateurs de drogues marginalisés.

Profil des volontaires

Voici le profil moyen des 188 personnes atteintes du VHC qui ont participé à cette étude britanno-colombienne :

  • 35 % de femmes, 65 % d’hommes;
  • âge – 44 ans;
  • ethnie autochtone – 20 %;
  • logement temporaire ou itinérance – 58 %;
  • aide sociale comme principale source de revenu – 91 %;
  • arrestation ou détention au cours de la dernière année – 30 %;
  • problèmes de santé physique actuellement – 86 %;
  • problèmes de santé mentale actuellement – 40 %;
  • séropositif/ve pour le VIH – 21 %.

En réponse aux questions sur l’utilisation de drogues, environ 80 % des participants ont divulgué avoir consommé une des drogues suivantes au cours du dernier mois :

  • cocaïne;
  • heroïne;
  • amphétamine;
  • crack;
  • marijuana.

Quarante-quatre pour cent (44 %) des participants en avaient consommé plusieurs.

Intérêt pour les traitements anti-VHC

L’équipe a découvert que 16 % des participants avaient reçu un traitement contre l’infection au VHC. Soixante-dix-sept pour cent (77 %) des volontaires qui n’avaient jamais reçu de traitement anti-VHC se disaient quant à eux « relativement ou complètement prêts » à subir un tel traitement.

Barrières au traitement

Les chercheurs ont ensuite comparé le profil des personnes qui avaient été soignées pour le VHC à celui des personnes jamais soignées. Ils ont découvert que chacun des facteurs suivants était associé à une plus grande possibilité de ne pas recevoir un traitement contre le VHC :

  • co-infection par le VIH;
  • utilisation actuelle ou récente d’héroïne ou d’autres drogues par injection.

Lors de l’analyse des informations recueillies dans le questionnaire, l’équipe de recherche a constaté qu’un seul facteur était associé de manière significative au désir des volontaires de suivre un traitement, à savoir la présence de problèmes de santé physiques.

Afin de déterminer quelles barrières empêchaient les gens de se faire soigner pour le VHC, l’équipe a interrogé les personnes qui n’avaient pas essayé d’obtenir un traitement. Voici un résumé de leurs réponses les plus fréquentes :

  • manque d’information au sujet du traitement du VHC ou ignorance de l’existence d’un traitement;
  • absence de symptômes de l’infection au VHC;
  • préoccupations concernant les effets secondaires éventuels du traitement.

Quant aux personnes qui s’étaient fait proposer un traitement contre le VHC mais qui l’avaient refusé, elles ont donné les raisons suivantes pour ce refus :

  • elles envisageaient encore l’option de se faire traiter;
  • préoccupations concernant les effets secondaires;
  • problèmes de dépendance tellement graves que le traitement n’était pas une priorité pour le moment.

Le fait que 16 % des participants aient reçu précédemment un traitement contre le VHC est un résultat étonnant pour une étude menée auprès d’utilisateurs de drogues marginalisés. Peut-être cette distinction est-elle attribuable au fait que les participants ont été recrutés dans des cliniques communautaires dotées de programmes multidisciplinaires. Les programmes de ce genre offrent des soins intégrés axés non seulement sur le VHC, mais aussi sur la prise en charge globale des clients et de leurs dépendances. De plus, il se peut que les personnes qui fréquentent ces cliniques soient plus nombreuses à prendre leur santé en charge. On doit toutefois souligner que, si ce sondage avait été réalisé chez des personnes qui ne prenaient pas de drogues, le nombre de participants ayant recours au traitement anti-VHC aurait probablement été plus élevé.

À bas les barrières

Entre autres, l’équipe a identifié la consommation régulière d’héroïne comme une barrière aux soins. Il se peut bien que les personnes qui consomment beaucoup d’héroïne ne donnent la priorité à aucun autre aspect de leur vie. De plus, selon l’équipe, il est possible que certains médecins se sentent dépourvus de moyens face aux besoins médicaux et psychosociaux des héroïnomanes et n’arrivent donc pas à leur offrir un traitement contre le VHC.

Des recherches effectuées à l’Université de la Colombie-Britannique laissent croire que « la consommation occasionnelle de drogues » n’a pas d’impact sur la réponse des patients au traitement anti-VHC, a fait valoir l’équipe de recherche. Toutefois, « la consommation fréquente de drogues illicites » pourrait être associée à une mauvaise réponse au traitement.

Puisque la co-infection par le VIH accélère la progression des lésions hépatiques causées par le VHC, l’équipe a affirmé qu’« il y a un besoin urgent de stratégies visant à améliorer l’évaluation et l’orientation des utilisateurs de drogues illicites co-infectées par le VIH et le VHC afin qu’ils puissent recevoir un traitement anti-VHC. »

Faciliter l’accès aux traitements

À la lumière de ces résultats, l’équipe de recherche a recommandé que les approches visant à inciter les utilisateurs de drogues à se faire soigner pour le VHC visent les groupes suivants, du moins dans un premier temps :

  • les personnes présentant des symptômes de l’infection au VHC;
  • les personnes qui ne sont pas co-infectées par le VIH.

En ce qui concerne le traitement du VHC, une approche multidisciplinaire est sans doute à conseiller pour répondre aux besoins des utilisateurs de drogues marginalisés. Les groupes d’entraide et l’administration des médicaments sous surveillance (traitement directement observé) pourraient également être utiles. Les résultats préliminaires obtenus en Colombie-Britannique laissent croire à l’efficacité de ces approches.

Espérons que les études futures se pencheront sur les besoins de soins et de soutien des personnes co-infectées par le VIH et le VHC pour que le traitement et le rétablissement des patients atteints du VHC deviennent une priorité.

De plus, il faudra travailler davantage à l’avenir pour aider les utilisateurs de drogues à surmonter leurs dépendances.

—Sean R. Hosein

Référence :

Grebely J, Genoway KA, Raffa JD, et al. Barriers associated with the treatment of hepatitis Cvirus infection among illicit drug users. Drug and Alcohol Dependence 2007; in press.

Source : Réseau canadien d’info-traitements sida (CATIE)

Mots-clés : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
Imprimer cet article Imprimer cet article

Liens et Informations

Entrer en lice en commentant, suivant ce que les autres ont a dire, ou en y référant depuis votre blog.


Autres articles
Chanvre : Le National refuse la dépénalisation
Le VIH/sida à Genève: Rapport épidémiologique 2007

Commentaires de lecteurs

Désolé, les commentaires ne sont plus possibles.