Tests antidrogue en famille
La municipalité de Milan propose aux parents de la ville de vérifier si leur progéniture consomme ou non des drogues. Polémiques.
Après un éventuel contrôle des devoirs scolaires, les parents milanais vont bientôt pouvoir vérifier les urines de leur progéniture. Au nom de la lutte contre la toxicomanie, la maire (centre-droit) Letizia Moratti a commencé à adresser à 35000 familles de la commune des coupons pour obtenir gratuitement auprès des pharmacies de la ville des tests antidrogue. Au retour de l’école ou des premières surprises parties, tous les enfants âgés de 13 à 16 ans pourront ainsi être démasqués en famille s’ils ont consommé du haschisch, de la cocaïne, de l’héroïne ou des amphétamines. En quelques minutes, sur le même principe que les tests de grossesse, les résultats seront clairs et sans appel.
«Les chiffres sur la diffusion de la drogue sont alarmants; à Milan, certains adolescents consomment de la cocaïne ou de la marijuana dès 13 ans» a justifié l’adjoint au maire (alliance nationale) chargé de la santé Gianpaolo Landi di Chiavenna à l’origine du projet très controversé. «La famille doit être l’instrument pour endiguer le phénomène», a-t-il insisté en citant les chiffres d’une étude de l’Institut pharmacologique Mario Negri selon laquelle 4% des Milanais entre 15 et 34 ans consommeraient régulièrement de la cocaïne.
La municipalité accompagne le coupon d’un opuscule sur les ravages de la drogue, rédigé par le centre antipoison d’un hôpital de la ville et d’une liste de signaux d’alarme comme les yeux rougis, les pupilles dilatées, un manque d’appétit, des troubles du sommeil ou encore des sautes d’humeur. L’opération a été adoptée après une première expérience, l’an passé, dans un quartier de la ville qui avait concerné près de 4000 familles. Environ 250 d’entre elles avaient retiré le test antidrogue. Considérant l’opération comme un succès et comme un moyen de dissuasion efficace, la mairie a décidé de l’étendre à toute la ville. «Une enquête sur le terrain a montré que l’initiative a généré de fortes tensions familiales», dénonce l’opposition de gauche alors que la proposition de généraliser l’expérience suscite de vives polémiques dans la capitale lombarde. Pour certains, il s’agit de favoriser les maisons pharmaceutiques qui fabriquent le test (à 24 euros la boîte), l’initiative municipale gratuite faisant office, selon eux, de gracieuse publicité pour le produit. D’autres s’interrogent: «A qui s’adresseront les parents après avoir fait le test?» Un numéro vert a été mis en place répond-on à la mairie.
Plus généralement, la mesure provoque un vif débat sur le risque de transformer les parents en policiers. «C’est une méthode dévastatrice, selon le conseiller (Vert) Maurizio Baruffi; cela ne peut qu’alimenter les conflits et détériorer les rapports au sein de la famille.» «Il est scandaleux que la mairie dépense de l’argent pour un instrument inutile, s’est indigné l’eurodéputé de la gauche radicale Vittorio Agnoletto, par ailleurs président de
«Je ne veux pas que les parents se transforment en policiers, a assuré le conseiller Landi di Chiavenna, mais l’usage de drogues a augmenté de manière stupéfiante.» Chaque jour à Milan, près de 35000 doses de cannabis, plus de 10000 de cocaïne et environ 3000 d’héroïne seraient consommées. L’argument ne convainc pas le président national de
Source: Le Temps
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