Un pas vers des tests anticannabis à l’école


GRAND CONSEIL La droite fait passer en commission l’idée de l’écolibéral Jacques-André Haury. Pour les spécialistes, elle manque sa cible.

LAURENT CROTTET | TRAQUE?: «La détection du cannabis doit relever des compétences du corps enseignant», juge la majorité de la commission d’examen de la motion Haury. «Etonnant, alors qu’on nous veut centrés sur notre rôle pédagogique», note un directeur. ARCHIVES

Après les parlementaires fédéraux, les députés vaudois auront leur débat sur le cannabis. En plus modeste, évidemment. Loin de penser libéralisation, le Grand Conseil devra dire s’il veut donner aux directeurs d’écoles le droit de soumettre des élèves à des tests anticannabis.

La demande vient de l’écolibéral Jacques-André Haury. Dans une motion développée l’an dernier, il déplorait qu’en cas de soupçon, un directeur ne puisse prouver une infraction. Et puisque des examens de salive ou d’urine existent, il veut qu’ils servent. «Il s’agit d’éviter qu’on dévie vers les médecins ce qui est une infraction, et de donner à l’école un moyen irréfutable d’alerter les parents», résume-t-il.

A droite, ces arguments ont fait mouche. «La détection doit relever des compétences du corps enseignant», juge la majorité (UDC, rad., lib.) de la commission d’examen de la motion. Pour sa minorité (soc., Verts), «apporter la preuve légale d’un délit ne résoudra pas un problème d’une réalité complexe. C’est traiter un symptôme et non une cause.»

Les professionnels des dépendances ne croient pas plus aux vertus d’une nouvelle coercition. «Il est évident que l’école doit être un lieu sans produits, qu’il s’agisse de tabac, d’alcool ou de drogue, mais si la seule conséquence d’une consommation est la sanction, on ne va nulle part», souligne Jean-Félix Savary, secrétaire du Groupe romand d’étude des addictions (GREA). Il rappelle que seul le maintien du dialogue est productif: «Le consommateur régulier sait qu’il se fait du mal et la peur de la sanction est très relative.» Quant au fumeur occasionnel, s’il arrive à abuser ses parents, il ne devrait guère avoir plus de peine avec ses professeurs.

Pas de demande scolaire

«On regrette la captation du sujet drogue par certains partis pour des motifs électoraux», ajoute Jean-Félix Savary. D’autant que l’école n’est pas demandeuse: «Il n’y a pas besoin d’avoir des compétences de police ou de justice, ces situations sont prises en charge autrement», rappelle Serge Loutan, chef du Service de l’enseignement spécialisé et de l’aide à la formation. «Il est étonnant qu’un député qui veut une école centrée sur son rôle pédagogique nous suggère ici d’en sortir pour faire la police», glisse Jean-Marie Puthod, président de l’Association des directeurs. D’autant que ce n’est pas nécessaire pour s’ouvrir d’un soupçon aux parents: «Je l’ai encore fait récemment», témoigne ce directeur, en poste à Bussigny.

Source: 24 Heures

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