La prescription d’héroïne, un autre remède à la dépendance
S’il n’en tenait qu’aux Drs Suzanne Brissette et David Marsh, les toxicomanes dépendants à l’héroïne auraient droit, dans les plus brefs délais, à un nouveau traitement basé sur la prescription… d’héroïne!
Présentés à Montréal hier, dans le cadre du premier Colloque international francophone sur le traitement de la dépendance aux opioïdes, les résultats du premier essai clinique de prescription d’héroïne en Amérique du Nord, mené dans le cadre de l’étude NAOMI (North American Opiate Medication Initiative), se sont avérés concluants.
«La prescription d’héroïne a entraîné une diminution marquée et significative de la consommation d’héroïne chez les parti-cipants, a expliqué la Dre Suzanne Brissette, de la clinique de médecine des toxicomanies de l’hôpital Saint-Luc du CHUM. Le traitement a également entraîné une diminution du montant d’argent que consacraient les consommateurs à l’héroïne et une diminution très importante du nombre d’activités illicites commises par ces derniers. Nous avons également pu constater une amélioration significative de la santé mentale et physique des participants.»
Une solution de rechange à la méthadone
Les héroïnomanes qui souhaitent se défaire de leur dépendance sont, pour l’heure, invités à suivre un traitement à la méthadone. Ce traitement, quoique jugé excellent par les Drs Brissette et Marsh, ne suffirait cependant pas à aider tous les consommateurs d’héroïne.
«La méthadone est très efficace, a indiqué le Dr David Marsh, du Vancouver Coastal Health. C’est le meilleur traitement disponible… pour ceux pour qui ça fonctionne. Parce que ça ne fonctionne pas pour tout le monde. C’est pour ça qu’on a besoin d’un autre traitement.»
Testé en Europe depuis plusieurs années déjà, le traitement basé sur la prescription d’héroïne a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays.
«La Suisse a lancé une vaste étude en 1994 sur la prescription d’héroïne, a rappelé le Dr Marsh. Aujourd’hui, après trois référendums, la pratique ne tient plus de
l’expérience. C’est un traitement reconnu qui touche près de 1 200 patients dans 23 cliniques.»
Un traitement à considérer
Selon les résultats de l’essai clinique mené à Montréal et à Vancouver, après un an,
88 % des participants à l’étude avaient complété leur traitement, faisant ainsi chuter de 70 % leur consommation d’héroïne illicite.
«Le traitement parvient à retenir la majorité des patients, ce qui est un bon indicateur puisque plus le traitement est long, meilleurs sont les résultats», a précisé David Marsh.
Le traitement, qui consiste en l’injection dans une clinique spécialisée d’un maximum de 1 000 mg d’héroïne par jour, à raison d’au plus trois injections quotidiennes, n’a pas permis de déceler de réels dangers quant à sa réalisation.
Selon Suzanne Brissette, sur 10 000 injections, 109 ont posé problème, et seulement 27 de ces cas étaient directement liés à l’injection.
«Il s’agit d’un traitement sécuritaire et efficace pour les personnes marginalisées qui ont besoin d’aide, a-t-elle déclaré. Il devrait être rendu disponible.»
Source : Métro Montréal
Mots-clés : Canada, dépendance, drogue, héroïne, injection, Montréal, prescription, toxicomanie, traitement
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