La volonté ne suffit pas
Lorsque montaient les scènes ouvertes de la drogue, les thérapeutes s’affrontaient: abstinence ou méthadone? Les uns et les autres se vantaient de compter parmi leurs patients de nombreuses victimes des échecs de leurs adversaires.
Aujourd’hui que les querelles de chapelle se sont tues, on a une autre explication du phénomène: la plupart des toxicomanes essaient plusieurs thérapies avant de s’en sortir. Et aucune n’a la palme des résultats: tout est question de personnalité, de moment, voire de contact personnel. La diversité, donc, paie.
C’est cette diversité qui gêne les référendaires. Leurs critiques aux quatre piliers vont du rejet total à la réserve de détail. Mais tous se rejoignent sur un mot: abstinence. Dont les dispositifs actuels ne feraient pas assez cas.
Ils ont raison sur un point: l’originalité de la Suisse a consisté à reconnaître tôt une évidence désormais confirmée par la neurobiologie: une addiction est un phénomène complexe, durable, qui ne se résume pas à un défaut de volonté. Si l’abstinence reste le but idéal de toute thérapie, elle ne peut conditionner ni le droit à la santé physique ni l’accès aux thérapies.
Iconoclaste au regard d’une morale qui voit dans la dépendance une forme ultime d’aliénation, cette conception s’est imposée bien au-delà de nos frontières. Elle a les résultats pour elle, notamment en matière de lutte contre le VIH. Elle a aussi permis de relativiser une image en noir et blanc qui voit dans le toxicomane un être incapable de volonté que seule la contrainte peut remettre sur le droit chemin.
Locaux d’injection, programmes de prescription d’héroïne, les mesures les plus audacieuses prises par la Suisse n’ont rien de réjouissant. Tout le monde, à commencer par les principaux intéressés, préférerait qu’il soit possible de les remplacer par un acte de volonté libératoire. Les expériences cuisantes des années 1970 et 1980 ont hélas montré que ce n’était pas possible.
La politique qui leur a succédé n’a aggravé ni l’épidémie d’héroïne, ni les désordres qui lui étaient liés, contrairement à ce que prédisaient ses adversaires. Elle a au contraire apporté un apaisement fragile, que la loi révisée consacre et qu’un rejet ébranlerait dangereusement.
Source : Le Temps
Mots-clés : 30 novembre, abstinence, drogue, loi, stupéfiant, suisse, toxicomane, votation
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