Le nouveau gel anti-sida peut-il être efficace ?


VIH | Des chercheurs ont découvert un produit à appliquer sur les muqueuses pour se protéger du virus. Il va maintenant être testé. Le Pr. Bernard Hirschel nous décrit ses espoirs.

Un gel à appliquer au quotidien sur les muqueuses, comme on prendrait la pilule, pour se protéger du sida. Cette découverte de chercheurs de l’Université de Genève et de la Fondation Mintaka pourrait révolutionner la lutte contre le virus. Les scientifiques prévoient de tester leur produit dès 2010. Quel espoir peut-on mettre dans cette avancée? L’avis du Pr. Bernard Hirschel, responsable de l’Unité VIH/sida des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

– Cette découverte est présentée comme un grand pas dans la lutte contre le sida, notamment pour les femmes dans les pays en voie de développement. Mais en Suisse aussi, cela pourrait être révolutionnaire !

- Tout à fait. Le sida est un problème plus important en Afrique, et sa prévention y est donc également plus importante. Mais une telle innovation serait aussi très profitable en Suisse. Comme pour la contraception, l’idéal est d’avoir plusieurs méthodes, à utiliser selon les circonstances, pour se prémunir du VIH. On considère que le préservatif risque de lâcher dans environ 5% des cas. En théorie, son efficacité est donc très bonne. Mais dans la pratique, si on l’utilise uniquement une fois sur deux, les résultats sont moins réjouissants. Et en Suisse aussi, le problème du préservatif est qu’il dépend du bon vouloir de l’homme. La femme n’est pas toujours libre de refuser une relation et ce serait bien qu’elle puisse se protéger seule.

– Les statistiques montrent que les nouvelles infections sont en hausse chez les hommes. Pourraient-ils aussi utiliser un tel produit ?

– Oui, ce produit pourrait aussi être utilisé dans les relations anales. Mais au niveau mondial, ce n’est pas l’application la plus importante.

– Un tel gel pourrait-il être aussi efficace que le préservatif ?

– Tant qu’on reste au conditionnel, tout est possible! Mais il faut le prouver. La première étape était de démontrer son efficacité chez le singe. Ensuite, il faut découvrir une formulation du produit que les femmes supportent bien, puis trouver le bon dosage. Et après, on pourra commencer à tester les produits sur des femmes exposées au VIH.

– Elles devront accepter de s’exposer volontairement au virus ?

- C’est en effet une question très difficile, car on ne peut pas garantir que le produit marche. C’est la raison pour laquelle nous le donnons à des femmes en leur conseillant d’utiliser le préservatif. Si toutes suivent ces recommandations, les scientifiques n’aboutiront à rien. Donc, quelque part, on espère que cela ne sera pas le cas. Ce genre de tests commencera sur des personnes particulièrement exposées, par exemple des prostituées africaines. Nous aurons un groupe qui sera traité avec le produit, et un autre avec un placebo. Et l’expérience sera concluante si le VIH est davantage présent dans l’équipe soumise au placebo. Mais évidemment, cela prendra du temps…

– Combien ?

- Selon notre expérience, entre cinq et dix ans jusqu’à la mise sur le marché.

– Cette découverte représente-t-elle le grand espoir de la recherche contre le sida ?

- Pour ce gel, les scientifiques utilisent des microbicides. Cette approche est étudiée depuis au moins quinze ans et c’est aujourd’hui une priorité de la lutte contre le sida. Mais d’autres substances sont testées. Par exemple, des recherches sont menées sur la possibilité d’utiliser des médicaments anti-VIH au niveau local. Ils seraient diffusés par un anneau vaginal durant plus d’un mois. Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour dire ce qui fonctionnera le mieux. C’est comme pour les médicaments: sur 100 produits testés, il n’y en a guère que cinq qui finiront sur le marché.

Par le passé, certains espoirs ont été douchés. Nous pensions par exemple pouvoir utiliser des spermicides pour lutter contre le VIH. Or, nous avons finalement réalisé que cette substance, en irritant le vagin et en provoquant des inflammations, favorise au contraire le virus. Ce piège n’a été découvert qu’en essayant le produit, et nous ne sommes pas à l’abri de tels accrocs. Mais les nouvelles substances semblent plus efficaces contre le VIH et nous avons donc bon espoir.

Source : 24heures

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