Une prostituée aux Rois? Des femmes se déchaînent


L’égérie des prostituées | Le transfert de la tombe de Grisélidis Réal au cimetière de Plainpalais suscite la polémique. Le Vert Patrice Mugny maintient et justifie la décision du Conseil administratif de la Ville.

L’égérie des prostituées devrait reposer au cimetière des Rois, à Plainpalais, dès le 9 mars. Comme l’a récemment décidé le Conseil administratif, Grisélidis Réal, décédée en mai 2005, rejoindra les grands de la République au Panthéon genevois (nos éditions du 13 décembre). Or, cette décision n’est pas du goût de tous. Jugeant même le choix des autorités «insultant», l’avocate Odile Roulet a publié une lettre de protestation dans nos éditions du 8 janvier: «Si au moins elle avait combattu la prostitution, mais elle l’a vantée!» Hier, c’était au tour de Jacqueline Berenstein-Wavre, socialiste bien connue, de remettre la compresse. «Une honte pour le Conseil administratif!»L’ancienne présidente du Conseil municipal de la Ville encourage même les femmes à venir manifester leur désapprobation le 9 mars au cimetière des Rois si le gouvernement ne revient pas sur sa décision.

Réservé aux «méritants»

Il faut dire que n’est pas inhumé qui veut au cimetière des Rois. Dormir de son dernier sommeil sous les arbres de ce havre de paix est réservé aux personnalités «particulièrement méritantes». Cet honneur, Grisélidis Réal, décédée à l’âge de 75 ans, pourra bientôt le savourer du haut de son étoile. Les critiques de Jacqueline Berenstein-Wavre ne devraient rien y faire. Fer de lance de ce choix, Patrice Mugny n’est en effet pas près de changer d’avis: «Je ne défends pas la prostitution! Dans une société idéale, les femmes ne devraient pas avoir à vendre leur corps. Mais dès le moment où le phénomène existe, il faut tenter d’éviter l’humiliation des femmes.» Et Grisélidis a joué un grand rôle à cet égard, estime le magistrat Vert: «Elle a redonné une dignité aux femmes prostituées, si souvent méprisées. Même si le combat n’est de loin pas encore gagné, la fondatrice d’Aspasie mérite bien les Rois.» Auteure de plusieurs ouvrages, Grisélidis Réal a lutté inlassablement pour son «digne métier qui correspond à une réelle fonction».

Peu de femmes aux Rois

La décision de l’Exécutif gomme aussi légèrement une inégalité. Réservé à l’élite, le cimetière de Plainpalais compte peu de femmes. A part la philosophe Jeanne Hersch, la résistante Aimée Stitelmann et quelques illustres dames, elles sont soit «femme de» ou «fille de».

Offrir une place au Panthéon genevois divise pourtant. La libérale Martine Brunschwig Graf s’interroge aussi sur cette décision. «Je comprends que les femmes engagées soient partagées. Elles sont nombreuses à avoir mené des combats dignes. Alors pourquoi des militantes comme Emilie Gourd ne reposent-elles pas aux Rois? Ce n’est peut-être pas très adroit de faire de Grisélidis Réal un exemple particulier.» Pour la libérale, l’inhumation aux Rois est symbolique. «Elle vise à honorer quelqu’un ayant occupé une fonction politique particulière ou œuvré au rayonnement de Genève.»

Source : Tribune de Genève

Mots-clés : , , , , , , ,
Imprimer cet article Imprimer cet article

Liens et Informations

Entrer en lice en commentant, suivant ce que les autres ont a dire, ou en y référant depuis votre blog.


Autres articles
Maladies mentales, tabac et alcool au menu de la crise, craint l’OMS
Flambée des prix de la cocaïne et de la méthamphétamine aux Etats-Unis

Commentaires de lecteurs

Désolé, les commentaires ne sont plus possibles.