Quand la drogue ne dérange pas les voisins


Un centre qui fournit de l’héroïne à des toxicomanes en plein cœur du Plateau-Mont-Royal dans la parfaite harmonie, un projet surréaliste? Plutôt une initiative qui a fait ses preuves.

La clinique NAOMI a ouvert ses portes en 2005, sous la gouverne du Dre Suzanne Brisette, chef du Service de médecine des toxicomanies au CHUM. Elle offrait alors de l’héroïne sous contrôle médicale à des toxicomanes réfractaires aux traitements habituels.

Un projet qui aurait pu inquiéter le voisinage de la clinique située à l’intersection des rues Prince-Arthur et Saint-Urbain, comme l’explique le professeur Serge Brochu.

«On aurait pu faire face au syndrome pas-dans-ma-cour, c’est-à-dire que la population veut bien que l’on offre des services à des toxicomanes, mais pas près de chez eux. Les voisins auraient légitimement pu craindre une augmentation des méfaits», explique celui qui a observé le quartier avec son équipe durant tout le temps qu’a existé la clinique.

Or, le bilan a été plus que positif: non seulement l’instauration de la clinique n’a eu aucun impact sur la propreté de l’environnement, mais les chercheurs ont pu observer une diminution significative du nombre d’artefacts reliés à la drogue, comme les seringues.

Un constat qui ne surprend pas Stéphane Royer, intervenant à Spectre de rue, un organisme qui vient en aide aux toxicomanes du centre-ville.

«C’est sûr qu’il existe une perception négative par rapport à ce type de projet. Par contre, on peut en voir les effets positifs. Par exemple, les gens ne jettent plus leurs seringues n’importe où car ils ont un endroit où aller. Un projet comme celui-là est important et devrait être permanent. Déjà à l’époque, la majorité des organismes référaient des patients au NAOMI», souligne ce dernier.

Une clinique nécessaire

Dre Brissette espère de tout cœur que le gouvernement mettra en place un projet qui assurera la continuité de la clinique NAOMI, qui a fermé ses portes une fois la recherche terminée.

«La méthadone reste une option de choix, mais il y a quelques centaines de toxicomanes à Montréal qui ne répondent pas bien à ce type de traitement et qui bénéficierait d’une clinique de ce genre», croit-elle.

Surtout qu’en aucun cas le projet n’a généré des plaintes, rappelle-t-elle. Pour sa part, le professeur Serge Brochu, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, espère que le Québec prendra exemple sur d’autres pays qui détiennent une certaine avance dans le domaine.

«En Suisse, un projet semblable a été mis en place à la fin des années 1980. Par la suite, la population a été invitée à voter par voie de référendum sur le sujet et celle-ci a accepté qu’on installe ce projet en permanence.»

Des discussions ont déjà été entamées à cet effet avec le ministère de la Santé.

Source : Canoe.ca

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