Allemagne: des maisons closes “à volonté” relancent le débat sur la prostitution


BERLIN — En offrant du “sexe à volonté”, et à prix cassés, des maisons closes allemandes se sont attirées les foudres des politiques de tout bord, au nom de la dignité humaine, mais certains suspectent la remise en cause d’une activité légale depuis 2002.

Les publicités pour du sexe tarifé, souvent dans de grands “clubs” en périphérie des villes, font partie du paysage, mais l’offre du Pussy Club, née avec la crise économique, a provoqué une levée de boucliers. Pour 70 à 100 euros, cette chaîne propose “du sexe aussi souvent que tu veux, aussi longtemps que tu veux, comme tu veux” - boisson et nourriture offertes.

“Il n’y a pas de loi qui interdise expressément les offres ‘à volonté’ dans les bordels, même si la Loi fondamentale protège la dignité humaine”, explique Hanno Schäffer, porte-parole du ministère de la Famille.

Pour surveiller l’activité de ces établissements, la police ne peut qu’invoquer des lois sur le travail clandestin, l’immigration ou les conditions de travail, ajoute-t-il.

Ce weekend, environ 700 policiers ont mené une opération contre les quatre Pussy Club. Les télévisions avaient été conviées et ont ont montré des dizaines de clients et de travailleuses, le visage dissimulé, escortés hors des clubs par des policiers.

Deux de ces bordels gérés selon les principes du low-cost ont été fermés, notamment pour raisons d’hygiène.

“Si l’on prend la publicité au sérieux, c’est une violation de la dignité humaine des prostituées qui y travaillent”, a estimé le ministre de la Justice de l’Etat régional du Bade-Wurtemberg, dans lequel se trouvent deux des quatre Pussy Clubs, le libéral Ulrich Goll.

“Depuis que la prostitution n’est plus ‘contraire aux bonnes moeurs’, la police a beaucoup de mal à entrer dans les bordels, qui restent très liée à la criminalité”, juge Soeur Lea Ackermann, à la tête de Solwodi, une association prohibitionniste et qui travaille avec des prostituées.

Quatre femmes parlementaires régionales, de gauche comme de droite, ont réclamé une “interdiction des tarifications forfaitaires dans les bordels”.

“Selon la loi, les prostituées se mettent d’accord sur le prix et sur ce qu’elle offrent, alors qu’avec les forfaits, les clients payent une fois à la caisse, et les femmes doivent ensuite être à disposition, sans limite, à tous égards”, poursuivent-elles.

Mais les bordels “à volonté” ont aussi leurs défenseurs, qui dénoncent une campagne contre la prostitution légale.

“Nous sommes en mesure de décider nous-même ce que nous faisons, où, pendant combien de temps et dans quelles conditions”, a affirmé un groupe de 77 femmes, disant travailler dans des bordels “à volonté”, dans un encart publié dans la presse.

“Sous prétexte de ‘conditions de travail contraires à la dignité humaine’, on mène en réalité une politique de prohibition et de destruction de notre existence”, poursuivent-elles.

Plusieurs associations ont écrit à la chancelière Angela Merkel, pour dénoncer “une remise en cause de la loi sur la prostitution”, qui a notamment doté les prostituées d’une protection sociale, tout en regrettant “la publicité agressive” du Pussy Club.

De son côté, la propriétaire de ces clubs, Patricia Floreiu, s’est justifiée sur son site internet: “Remettrait-t-on en question de la même façon une offre pour des jeans à 5,99 euros?”. “Une telle offre doit-elle aussi être interdite, parce que le prix est étonnement bas ?”.

Selon elle, les clients peuvent “tout demander” une fois entrés dans le club, mais les prostituées sont libres de refuser.

Depuis cette publicité inespérée dans les médias allemands, les Pussy Clubs indiquent sur leur page d’accueil que “Tout est possible - rien n’est obligé”. Et promettent une réouverture rapide de tous leurs établissements.

Source : AFP

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