Avenir social

Première ligne, association genevoise de réduction des risques liés aux drogues a été créée en 2004, reprenant la gestion des activités menées dans ce domaine par le Groupe sida Genève.

Le BIPS (bus d’information et préservation de la santé) est le premier programme spécifique d’échange de seringues en Suisse romande. Ses activités ont débuté en 1991 avec le soutien des autorités genevoises. Il est présent tous les soirs entre 20h15 et 23h15 dans le quartier de St-Gervais. Il s’adresse principalement aux usagers de drogues, mais répond à d’autres personnes en demande de conseils ou de préservatifs. Le Quai 9 est un espace d’accueil et de consommation de drogues créé en 2001, ouvert chaque jour de 11h à 19h. Première ligne coordonne également « Nuit blanche ? », réduction des risques liés aux drogues consommées de manière récréative et en milieu festif existant depuis 2005, cogérée par 9 institutions genevoises.

Ces actions visent à limiter les effets délétères de l’usage de drogues comme la transmission du VIH/sida et des hépatites et les overdoses. Elles œuvrent au maintien du lien social et servent de relais vers les lieux de soins et de traitement. Elles s’adressent aussi à la population dans son ensemble, comme l’indiquent les mesures mises en place pour le voisinage, telle l’action quotidienne de ramassage de seringues usagées effectuée par des consommateurs de drogues.

La réduction des risques s’inscrit dans la politique en matière de drogues et de sida, tant au niveau cantonal que national. Elle a obtenu une légitimité supplémentaire avec l’acceptation par le peuple de la révision partielle de la Loi sur les stupéfiants en 2008 (entrée en vigueur prévue en 2011) qui donne enfin une base légale et une reconnaissance à ce pilier d’intervention. Le canton de Genève, via son projet de loi sida, finance la quasi-totalité du budget de l’association.

Plus de 3’000 personnes différentes ont été rencontrées au Quai 9 depuis 2001, soit plus d’une centaine par jour. La moyenne d’âge est actuellement de 32 ans. En 2008, près de 25’000 injections ont été répertoriées et plus de 165’000 seringues stériles ont été mises à disposition par nos structures. Sur le plan épidémiologique, le taux de nouvelles infections au VIH/sida est au plus bas parmi les usagers de drogues (2 par an à Genève depuis 2007). De même, on commence à constater une baisse marquée des infections aigües d’hépatites C, virus fortement présent dans cette population et très virulent. Le nombre d’overdose mortelle a aussi diminué de moitié par rapport au début des années 90. On peut attribuer ces bons résultats à un ensemble de mesures développées conjointement par les partenaires de la santé.

Par contre, la situation est préoccupante sur le plan de l’insertion sociale. Nous rencontrons de plus en plus de personnes en situation de précarité, sans travail, sans logement, voire sans contact avec les lieux de soins. De même, nous accueillons de nombreuses personnes sans statut légal en Suisse, avec des perspectives d’avenir extrêmement limitées. Contrairement aux règles en vigueur dans d’autres villes ou cantons, nous acceptons toutes les personnes concernées, indépendamment de leur provenance.

Un espace d’inhalation. Pour quelles raisons ?

Le Quai 9 vient de s’agrandir et a intégré la possibilité d’inhaler des substances (après le sniff introduit il y a deux ans), comme dans la plupart des salles de consommation en Suisse. La réduction des risques passe bien sûr par l’injection avec du matériel stérile et l’absence de partage de celui-ci entre consommateurs. Mais nous ne pouvons faire l’impasse des autres modes de consommation, tout aussi fréquents. L’inhalation d’héroïne sur papier d’aluminium ou la fumée de cocaïne (freebase ou crack) sont des pratiques très courantes chez les consommateurs. Elles concernent souvent des usagers, parfois plus jeunes, qui ne font pas usage de l’injection. Ils étaient déjà nombreux à fréquenter le Quai 9 et à demander l’ouverture d’une telle prestation, notamment pour limiter les nuisances pour le voisinage. Leur mettre à disposition une salle de consommation appropriée, c’est favoriser un contact plus précoce avec les professionnels du social et de la santé. L’inhalation est aussi une alternative à l’injection pour les personnes qui ont des difficultés avec leur système veineux. Après deux mois, nous remarquons que les quatre places d’inhalation sont pleinement utilisées et que cette offre attire des consommateurs que nous ne connaissions pas.

Social-santé

Le BIPS et le Quai 9 sont gérés conjointement par du personnel formé en travail social et en soins infirmiers, qui exerce pourtant la même fonction. Chacun est appelé à gérer la surveillance des injections et à donner les conseils appropriés, comme chacun est appelé à faire de l’orientation sociale. Le travail se construit avec les connaissances, les compétences et le regard de chaque personne, enrichi des approches parfois différenciées de ces professions. Cette synergie a vraisemblablement permis de développer des postures et des réponses originales. Au Quai 9, deux médecins (interniste et psychiatre) interviennent 3 fois par semaine, en complément de l’équipe de travail.

Perspectives

Depuis le début 2009, nous avons inscrit le travail d’équipe sous le signe de la transversalité, chaque collaborateur travaillant dorénavant aussi bien au BIPS qu’au Quai 9, contrairement à la gestion séparée qui prévalait jusqu’ici. Même si les effets sont en cours d’évaluation, ce changement est déjà intéressant sur le plan de la dynamique interne.

Pour faire face au désœuvrement des consommateurs, Première ligne envisage également de renforcer en 2010 un pôle de valorisation des compétences sociales, au moyen d’activités leur permettant de renforcer l’estime d’eux-mêmes et leur sentiment d’utilité sociale.

01.03.10 – « La pauvreté en Suisse »
Avenir Social – http://www.avenirsocial.ch

Santé: les toxicos genevois ont un nouveau bus

GENEVE • Quinze ans après sa mise en service, le Bus de prévention sida cède la place.

Genève a été le premiere canton romand à se lancer. En 1991, un Bus itinérant et de prévention sida (BIPS) a été mis en circulation. Prudemment: on craignait des désordres, des attroupements, du deal. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les autorités avaient opté pour un bus: un local fixe risquait de causer trop de problème.

Mais il y avait urgence: cette même année, trente consommateurs de drogues par voie intraveineuse avaient été diagnostiqués séropositifs – un nouveau cas sur cinq. Les seringues stériles étaient accessibles en pharmacie. Mais il fallait, a-t-on alors estimé, les distribuer plus près des lieux de consommation et à des heures où la plupart des pharmacies sont fermées. Le BIPS avait aussi pour ambition d’être un lieu de contact à l’abri du stress de la scène.

Un effort à poursuivre

Hier, un nouveau bus a été mis en circulation. Sous le même sigle mais avec un autre nom : Bus d’information et de préservation de la santé. Signe que les temps ont changé: un diagnostic de sida n’équivaut plus à une condamnation à mort. Et les toxicomanes ne paient plus le prix fort de la maladie: trois consommateurs de drogue par voie intraveineuse ont découvert leur séropositivité en 2004 sur 83 nouveaux cas. En 2005, ils étaient cinq sur 94.

Mais l’effort de prévention qui a permis ce résultat ne doit pas se relâcher, estime Emmanuel Ducret, coordinateur. En outre, de nouveaux dangers sont apparus: « Les gens qui sniffent de la cocaïne ne savent souvent pas qu’ils peuvent se transmettre l’hépatite en utilisant la même paille. » Des kits pour sniffeurs sont venus s’ajouter aux seringues dans l’offre du BIPS: surtout une manière d’entrer en contact et de parler des problèmes concrets, précise Christophe Mani, directeur de l’association Première ligne, qui gère le bus.

Ce dernier n’est qu’un des outils de la politique genevoise de réduction des risques: distribution de seringues en pharmacie, local d’injection et plus récemment, Nuit Blanche?, qui vise les consommations « festives » – alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne suivant les cas. Mais il reste un point d’ancrage apprécié: si les modes de consommation se diversifient, la solitude et la marginalisation demeurent.

Conçu au départ pour être aussi près que possible de lieux de rencontres des toxicomanes, le BIPS s’est rangé désormais un peu plus à l’écart: sur le pont de l’Ile, à cheval sur le Rhône. « la distance n’a pas découragé nos clients: au contraire, ils nous disent qu’ils apprécient la tranquillité qu’ils trouvent ici » relève encore Christophe Mani. Tranquille, ce n’est pas l’image que donnait l’expérience du BIPS au début. Mais aujourd’hui, si le local d’injection continue à avoir sporadiquement des problèmes de voisinage, le bus fait partie du paysage. En quinze ans, il a reçu 3645 personnes différentes – pour 370’000 contacts.

31.10.06 par Sylvie Arsever
Le Temps – http://www.letemps.ch

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