Le contraste est saisissant: lorsque l’on franchit le seuil de la gare de Cornavin, désormais transformée en centre commercial flambant neuf, c’est pour tomber sur l’une des places les plus ratées du canton. Alors que les CFF auront investi 110 millions de francs pour offrir une cure de jouvence à l’édifice de 1932, les autorités municipales n’en sont qu’à «songer» à des réaménagements. A ce jour, aucune demande de crédit n’est sur le point d’atterrir sur le bureau des élus municipaux genevois.

Un autre élément, quasi constitutif de la gare genevoise, n’est pas près de changer: la présence de personnes toxicodépendantes autour de l’arrêt de bus fréquenté quotidiennement par des milliers de passagers. Sous un toit verdâtre, ils sont une dizaine, parfois moins, parfois plus, à occuper ce bout de trottoir qui fait face à la basilique Notre-Dame. Ils ne peuvent plus s’asseoir, les autorités les ayant privés des bancs abrités que leur offrait jadis la galerie marchande. Seules les cabines téléphoniques ne leur seront pas reprises, s’agissant des plus rentables de Suisse romande, selon l’opérateur national. On y retrouve quelquefois au petit matin les traces des produits consommés. Emballages ou carton roulé.

Les personnes toxicodépendantes sont aujourd’hui des polyconsommateurs, alternant l’héroïne, la cocaïne, parfois des médicaments et de l’alcool. Présence dérangeante? Pour certains, oui. Elle est fréquemment rattachée à la proximité de Quai 9, lieu d’injection, de sniff et d’inhalation situé à une centaine de mètres de la gare. Corrélation fallacieuse, estime Martine Baudin, directrice de l’association Première Ligne, qui gère l’espace d’accueil. «Dans toutes les villes, les gares sont des lieux privilégiés par cette population, parce que c’est souvent là que se trouve le marché de la drogue. Ce sont les dealers qui attirent les toxicomanes, pas notre centre.»

Depuis trois ans et comme les saisons qui se succèdent, le Mouvement Citoyens genevois n’a cessé de dénoncer la présence de Quai 9. Au Grand Conseil comme au Conseil municipal. «Il faut soulager le quartier de Cornavin de toute cette marginalité, argue son député Pascal Spuhler. Lorsque je me promène avec mes enfants, je suis sur les dents», affirme l’élu, qui milite pour un rapprochement du centre vers l’hôpital cantonal.

L’injection en baisse d’attractivité

Fondé en 2001, le centre d’injection Quai 9 accueille en moyenne près de 130 visiteurs chaque jour. Si l’association distribuait plus de 240 000 seringues lorsqu’elle a été créée, elle n’en a délivré que 67 000 en 2013, dont 97% ont été retournées. Une baisse qui s’explique par la perte de popularité de ce moyen d’injection, soit 29% des consommateurs. «Une tendance qui se confirme en Suisse et en Europe», précise Martine Baudin. L’espace d’accueil n’a reçu que deux plaintes de riverains l’an passé, affirme-t-elle. Presque 40% des usagers du lieu suivent un traitement de substitution.

28.05.2014
Le Temps – Par Olivier Francey

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