PREVENTION • «Première ligne» est son nom : l’axe «réduction des risques liés à l’usage de drogues» du Groupe sida Genève vole désormais de ses propres ailes.

Le Quai9 et son local d’injection, ainsi que les deux bus de prévention BIPS et Boulevards [1], sont désormais entre les mains de «Première ligne». La toute nouvelle association genevoise de réduction de risques liés aux drogues, qui tenait hier son assemblée générale constitutive, s’est présentée le même jour à la presse. Née du Groupe sida Genève, Première ligne en reprend les activités de réduction des risques associés à la consommation de substances, ainsi que la gestion des structures et les collaborateurs qui vont avec. En toute autonomie. «Et au terme d’un processus qui s’est fait tout en douceur», tiennent à préciser les nouveaux partenaires.

Le comité du Groupe sida Genève (GSG) décidait, en octobre 2003, de miser sur un double développement. Avec, d’une part, la redynamisation de ses missions de base –information, prévention et soutien apporté aux personnes vivant avec le VIH/sida. Et, de l’autre, la création d’une nouvelle entité institutionnelle tournée plus spécifiquement vers les usagers de drogues. Une entité qui, tout en conservant la mission de prévention du sida auprès des personnes s’injectant des substances par voie intraveineuse, s’ouvrirait aussi sur une promotion globale de la santé des toxicomanes.

«La question de l’autonomisation a été récurrente depuis les débuts de l’activité, précise le président du GSG Sami Kanaan. Il s’agissait de mettre en évidence les divers problèmes rencontrés par les usagers de drogues, qui dépassent de loin celui du VIH/sida, auquel nos actions sont identifiées. Et aujourd’hui, tout le monde est mûr pour la séparation.» Ainsi, selon l’accord passé avec le Département de l’action sociale et de la santé, des budgets séparés seront alloués aux deux entités dès 2005, avec 2,5millions de francs de subvention destinés à Première ligne –ce qui correspond grosso modo à l’enveloppe du secteur réduction de risques du GSG. Au bout du compte, une telle autonomie confère à la nouvelle association l’avantage de pouvoir se positionner sur les problématiques de santé publique liées aux usages de substances, en tant qu’interlocuteur du réseau socio-sanitaire genevois. Et elle doit par ailleurs bénéficier du feu vert de principe donné par le canton pour l’ouverture d’un deuxième lieu d’accueil et d’injection.

Son nouveau président, Pierre-Yves Aubert, a présenté les missions de Première ligne. Concrètement, l’association souhaite renforcer les actions de réduction de risques entreprises par le GSG depuis 1991, et compte aussi plancher sur des problématiques «qui ne bénéficient actuellement d’aucun mandat spécifique à Genève», selon M.Aubert. A commencer par la mise sur pied d’actions relatives aux consommations dites récréatives (lire ci-dessous).

Nommé directeur de la nouvelle structure, Christophe Mani, ancien responsable du Quai9, mise sur la relation de confiance qu’il faut continuer à développer tant envers les usagers, «en tant que moteur de prévention», qu’envers le voisinage, «ce qui permet de calmer les tentations sécuritaires».

[1] Le Bus itinérant prévention sida (BIPS) accueille les usagers de drogues et déploie un programme d’échange de seringues. Le bus Boulevards, géré avec l’association Aspasie, est réservé aux toxicomanes qui se prostituent.

Les usages changent, les risques aussi

Au-delà des risques liés à l’injection intraveineuse, les besoins sanitaires et sociaux associés aux usages de drogues sont multiples et en constante évolution, rappelle la coordinatrice du Quai 9 Martine Baudin. Les risques liés à la consommation dite récréative ou en milieu festif interpellent la nouvelle association Première ligne. Les conséquences néfastes liées à ces prises – occasionnelles – de substances (le plus souvent cocaïne, drogues de synthèse, médicaments détournés), sont actuellement peu abordées et appellent de nouvelles réponses. D’autant qu’elles concernent des personnes jeunes et plutôt bien intégrées socialement, soit «une frange de la population qui ne viendra jamais dans un lieu comme le Quai 9». D’autres phénomènes, telle la polyconsommation, se développent également. Par ailleurs, les habitudes de consommation évoluent aussi: inhalation et sniff se répandent.

Sait-on, par exemple, que l’hépatite C est transmissible par la paille lors d’un sniff de cocaïne? Quant aux produits ingérés, s’ils ne semblent a priori pas porteurs de risque de transmission de virus, ils peuvent induire des comportements à risques – en favorisant par exemple des rapports sexuels non protégés. Arrivent également sur le marché des produits dont le taux de substance active apparaît subitement nettement supérieur à celui auquel l’usager est habitué: ainsi, des tests sur la pureté de l’héroïne effectués sur des échantillons remis par des consommateurs ont récemment montré des variations de 2% à 100%. Dans de tels cas, le risque d’overdose est réel.

22.09.04 par Corinne Aublanc
Le Courrier- http://www.lecourrier.ch

Soutenir Première ligne

Vous désirez soutenir le travail mené par Première ligne, nous vous invitons à devenir membre de notre association :

CHF 50.- pour une personne physique
CHF 100.- pour une personne morale

Ou d'apporter votre contribution financière sur le compte bancaire suivant :
Banque Cantonale de Genève
IBAN : CH46 0078 8000 K327 9090 7

Devenir membre Dons en ligne