Le Quai 9, espace d’accueil et d’injection à Genève, a de nouveaux aménagements depuis fin octobre. Martine Baudin, coordinatrice de ce lieu, nous explique ces différents changements, principalement la création d’une salle d’inhalation de quatre places pour les fumeurs d’héroïne et de cocaïne.

Qu’est-ce que l’inhalation ?

L’héroïne et la cocaïne, mais aussi les benzodiazépines, peuvent être consommés de différentes manières : l’injection, le sniff (Quai 9 propose deux places pour ce mode de consommation depuis le 1er octobre 2007) et puis l’inhalation. Cela revient à inhaler les vapeurs, par exemple d’héroïne, avec l’objectif qu’il y ait le même effet qu’avec l’injection et le sniff. Simplement, le mode étant différent, l’effet est également différent. L’injection est beaucoup plus rapide, ça va directement dans le sang.

Quels sont les risques de cette pratique pour la santé ?

L’inhalation et le sniff sont des modes qui comportent moins de risques que l’injection parce qu’il n’y a pas tout ce qui est infectieux, abcès, système veineux. Toutefois, à long terme, il y a des risques pulmonaires au même titre qu’avec la cigarette. Mais nous avons également des points d’interrogation. Comme pour l’injection, nous avons appris avec les personnes qui consomment car ce sont elles les experts. Ce que je vous dis aujourd’hui sera peut-être différent dans six mois. Aujourd’hui nous connaissons les fumeurs parce qu’une grande partie vient au Quai 9, mais nous allons découvrir les problèmes liés à l’inhalation.

Pourquoi l’ouverture de cette salle ?

Le premier objectif est d’offrir une alternative à l’injection, par exemple si les gens ont trop d’abcès, d’infections, voire des risques de septicémie ou des problèmes de systèmes veineux complètement sclérosés. Cela les concerne car ils ne peuvent pas arrêter de consommer et ils pourraient ainsi laisser reposer leurs bras et leurs jambes. Nous travaillons aussi avec ceux qui fument, même s’il y a moins de risques qu’avec l’injection, sur tous les aspects de la dépendance. Cela va au-delà du mode de consommation, c’est le nombre de prises de produit, c’est le rapport au produit. Ils viennent aussi parce qu’ils ont besoin d’écoute, de liens sociaux, ils viennent discuter. Nous travaillons alors toujours avec ce qu’ils nous amènent, où ils en sont. S’ils nous disent avoir envie d’arrêter de fumer ou d’injecter, nous les redirigeons vers les structures qui existent à Genève, selon leur statut. Tous les jours, nous parlons non seulement de consommation, mais aussi d’arrêt. Les gens sont plus dans des dynamiques positives que destructrices. C’est un travail de relais, de soins, de traitements et de liens sociaux. C’est le travail subtil de la relation d’aide. Notre outil principal c’est le lien.

18.02.10 par Céline Schaer
Seronet – http://www.seronet.info

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