TOXICOMANIE – Perturbé par le chantier du tram de la Servette, le local d’injection Quai 9 discute avec la Ville pour être relogé.

Attention: entrée par la rue de la Servette en longeant le trottoir depuis le tunnel sous voies.» C’est le jeu de piste qu’a dû suivre la quarantaine de participants au débat public organisé lundi dernier à Quai 9, dans le quartier des Grottes, par l’association Première Ligne[1]. Depuis l’amorce du chantier de la ligne de tram Cornavin-Meyrin-Cern, l’espace d’accueil et d’injection pour personnes toxicodépendantes ressemble à un paquebot échoué parmi les tubulures d’acier, les baraquements d’ouvriers et les gravats qui encombrent la rue de la Pépinière.

Sur ce tronçon qui relie la rue des Gares à la Servette, les bâtiments voisins du container orange, un restaurant et un garage, ont dû être démolis. Plus en retrait de la voie couverte, Quai 9 a été épargné. Cependant, les nuisances sont telles, depuis l’été, que les responsables de l’association songent sérieusement à lever l’ancre pour des horizons plus cléments. En dépit de la garantie de ne pas être inquiétés jusqu’à la fin des travaux, prévue mi-décembre 2007.

Toujours est-il qu’au-delà du bruit occasionné par le chantier, l’image des individus toxico-dépendants en a pris un coup. «Nous n’avions pas évalué l’ensemble du problème», explique Christophe Mani, directeur de Première Ligne. Avec les arrêts de bus déplacés juste en face de Quai 9 pendant l’été, la stigmatisation des personnes consommatrices de drogues –version toxico-zonant-dans-un-terrain-vague– s’est renforcée. Tandis que les habitués de l’espace d’injection ont vécu, eux, la pénible impression de jouer les bêtes curieuses face aux usagers des TPG… «Depuis que l’entrée se fait sur le côté Servette, les confrontations sont moins nombreuses», relativise M.Mani. Reste qu’il verrait d’un bon oeil un changement d’air.

Le local, en construction modulaire, appartient à l’association, qui dispose d’un droit de superficie accordé par la Ville propriétaire du terrain. Cependant, l’idée de déplacer le bâtiment n’est pas prioritaire. «L’idéal serait une arcade ou une maison en ville un peu à l’écart, histoire de ne pas créer trop de réticences.» Mais il va sans dire que, vu les spécificités du lieu, les régies immobilières ne se bousculent pas au portillon. «Des tractations sont en cours avec la Ville de Genève; elles doivent en principe déboucher en fin d’année», lâche Christophe Mani. Qui n’en dira pas plus.

Quant à la localisation… Depuis l’implantation de Quai 9 aux Grottes, en décembre 2001, les riverains ont fini par se familiariser avec ses occupants. Au prix de gros efforts d’information qui seraient à redéployer dans un nouveau quartier. Cependant, «ce qui était déterminant il y a cinq ans ne l’est plus aujourd’hui», temporise le directeur de Première Ligne. A savoir la proximité avec la gare de Cornavin, autour de laquelle la consommation de substances était concentrée. Actuellement, le «marché» est éclaté en divers points, comme les Eaux-Vives, ou encore les quartiers périurbains.

Plus déterminante semble en revanche la surface du nouvel espace. Alors que le projet d’un deuxième local d’accueil tourné vers l’usage de substances par inhalation a été enterré voilà deux ans faute de deniers publics, un déménagement permettrait de prendre en compte cette forme de consommation. En passant des 230 m[2] actuels à 350 m[2]

[1]L’association genevoise de réduction des risques liés aux drogues a consacré le thème de sa dernière soirée publique à l’usage des drogues chez les jeunes consommateurs.

02.10.06 par Corinne Aublanc
Le Courrier – http://www.lecourrier.ch

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