Articles de presse

Opération «drug checking» à la Lake Parade

Des participants à la Lake Sensation ont pu, pour la première fois à Genève, faire analyser la composition de différentes drogues.

La nuit tombe, ce samedi au bord du lac. Sur la pelouse attenante à Baby-plage, aux Eaux-VivesDes milliers de personnes se trémoussent aux rythmes électroniques . La Lake Sensation a pris ici ses quartiers jusqu’au petit matin (lire ci-dessous). Au milieu des stands de boissons et des chars musicaux, une grande tente blanche. Un écriteau indique «drug checking». Nous voici au quartier général de «Nuit-blanche?». Le rejeton de l’association Première ligne œuvre en milieu festif pour tenter de réduire les risques liés à l’usage de drogue et d’alcool.

17 minutes chrono

Habituellement, c’est ici que sont distribués préservatifs, informations sur les drogues, etc. Mais ce soir, on y découvre également un véritable laboratoire de chimie, permettant au public de faire analyser la composition d’une drogue.

Daniel Alleman, pharmacien cantonal de Berne, examine en 17 minutes chrono un échantillon d’ecstasy, de MDMA ou de cocaïne avant de rendre son verdict sur la dangerosité du produit. Seules les substances dites festives sont expertisées, l’héroïne et le cannabis n’en font pas partie. Ce dispositif est inédit dans le canton alors que les drug checking mobiles existent depuis une quinzaine d’année en Suisse alémanique.

Produits surdosés

Entre 18h et 3h du matin, une quinzaine d’analyses seront réalisées. Certains consommateurs hésitent, d’autres franchissent le pas, qu’ils soient curieux ou inquiets.

Roxane Morger Mégevand, coordinatrice de l’action «Nuit-blanche?», relève une tendance inquiétante. «Les produits sont hautement dosés en substance active. Alors que pour l’ecstasy la limite pour une consommation à moindre risque se situe à 120 mg, nous avons été confrontés à des pilules d’une concentration d’environ 180 mg. Un échantillon de cocaïne était, lui, d’une «pureté» de 90% ce qui est énorme». L’association énumère sur un écran les effets indésirables en cas de surdosage: contraction de la mâchoire, tremblements musculaires, nausées, augmentation de la pression artérielle et hallucinations, dans un premier temps. Dépression, manque de concentration et perte d’appétit sur le long terme.

Si la substance est particulièrement dangereuse, une alerte est déclenchée. Ces alertes permettront le monitorage des informations relatives aux drogues en circulation et alimenteront une base de données accessible au public.

Réduire les risques

L’objectif de cette opération est avant tout de «réduire les risques» encourus. Un entretien individuel précède donc l’analyse chimique de la drogue. L’usager répond à un questionnaire sur sa consommation, puis il peut à son tour poser des questions. Lorsque les résultats tombent, des conseils sont prodigués par un collaborateur de l’association. Dans la plupart des cas, les noctambules sont invités à différer leur prise, par exemple en divisant leur pilule en deux, ou à ne pas mélanger différents produits.

Favoriser la consommation?

Si la plupart des témoignages recueillis ce soir-là parmi la foule sont plutôt favorables à ce procédé, certains se montrent inquiets: «Est-ce que cela ne va pas encourager la consommation de drogue?»

Invité de l’émission Forum sur la RTS samedi soir, Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’étude des addictions, répond par la négative. «Bien qu’illégale, la consommation existe. Les risques, on les connaît plutôt bien et on a les moyens de les réduire. On parle de vies humaines sauvées, il faut donc prendre ces mesures.» Et de conclure par un exemple: «On a une salle de consommation depuis quinze ans (ndlr: Quai 9). Est-ce qu’en passant devant la gare Cornavin, les gens sont attirés vers cette salle pour consommer des drogues? Bien sûr que non.»

D’après les organisateurs, l’action sera reconduite dans le futur. Par ailleurs, un dispositif stationnaire, en collaboration avec les HUG et le laboratoire du Centre universitaire romand de médecine légale, devrait ouvrir à l’automne prochain.

10.07.2017
Le Courrier – Par Tadeusz Roth

Bilan positif pour le labo testeur de drogues installé à la Lake

Le projet-pilote de «drug checking» a reçu neuf fêtards, venus surtout pour tester leur ecstasy. La soirée a été calme, aucun incident majeur à déplorer.

C’est la nouveauté de cette édition de la Lake Parade: les fêtards ont pu faire tester leurs drogues gratuitement, sur le modèle de ce qui se fait déjà depuis des années à Zurich, Berne et Bâle. Neuf personnes sont venues durant la Lake sensation, en majorité pour de l’ecstasy, indique Martine Baudin, directrice de l’association Première Ligne dont l’action Nuit blanche? chapeaute le projet. Un laboratoire mobile – le seul de Suisse – a été installé sous la tente de Nuit blanche? Le principe: le consommateur amène n’importe quelle drogue, sous forme de poudre ou de pilule. Une machine délivre en 17 minutes les composantes. Vers 23 h, un fêtard vient justement faire tester de l’ecstasy. «C’est la deuxième fois que j’en achète et je n’ai pas envie de courir de risques. Si ce test encourage la consommation? C’est des conneries! Les gens prennent de toute manière de la drogue. Si on peut apporter un peu de sécurité à quelque chose d’existant, alors c’est que du positif.» Daniel Allemann, pharmacien et responsable du labo mobile, lui annonce le résultat: «La pureté est bonne mais votre produit est surdosé. Si votre copine – qui est plus légère que vous – en prend, ça pourrait avoir des effets négatifs.»

Durant la durée de l’analyse chimique, le fêtard répond à un questionnaire anonyme sur sa consommation, le prix d’achat du produit et sa source d’approvisionnement. Les collaborateurs de Première ligne en profitent aussi pour le responsabiliser sur sa consommation et diffuser un message de prévention. «Cette action permet de réduire les risques sanitaires, en détectant notamment les composants de coupe dangereux, explique Martine Baudin. Cela permet aussi d’entrer en contact avec un public qu’on ne touche pas forcément. Enfin, les données récoltées nous permettent d’alimenter un monitorat national sur les évolutions en matière de drogues, ainsi qu’un système d’alerte sur les produits dangereux en circulation.»

Première ligne ambitionne maintenant d’installer un lieu de test fixe. Un dispositif stationnaire ouvrira à l’automne en collaboration avec le Service d’addictologie des HUG et le Laboratoire du Centre Universitaire Romand de Médecine Légale.

10.07.2017
Tribune de Genève – Par Aurélie Toninato

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