GENEVE • Quinze ans après sa mise en service, le Bus de prévention sida cède la place.

Genève a été le premiere canton romand à se lancer. En 1991, un Bus itinérant et de prévention sida (BIPS) a été mis en circulation. Prudemment: on craignait des désordres, des attroupements, du deal. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les autorités avaient opté pour un bus: un local fixe risquait de causer trop de problème.

Mais il y avait urgence: cette même année, trente consommateurs de drogues par voie intraveineuse avaient été diagnostiqués séropositifs – un nouveau cas sur cinq. Les seringues stériles étaient accessibles en pharmacie. Mais il fallait, a-t-on alors estimé, les distribuer plus près des lieux de consommation et à des heures où la plupart des pharmacies sont fermées. Le BIPS avait aussi pour ambition d’être un lieu de contact à l’abri du stress de la scène.

Un effort à poursuivre

Hier, un nouveau bus a été mis en circulation. Sous le même sigle mais avec un autre nom : Bus d’information et de préservation de la santé. Signe que les temps ont changé: un diagnostic de sida n’équivaut plus à une condamnation à mort. Et les toxicomanes ne paient plus le prix fort de la maladie: trois consommateurs de drogue par voie intraveineuse ont découvert leur séropositivité en 2004 sur 83 nouveaux cas. En 2005, ils étaient cinq sur 94.

Mais l’effort de prévention qui a permis ce résultat ne doit pas se relâcher, estime Emmanuel Ducret, coordinateur. En outre, de nouveaux dangers sont apparus: « Les gens qui sniffent de la cocaïne ne savent souvent pas qu’ils peuvent se transmettre l’hépatite en utilisant la même paille. » Des kits pour sniffeurs sont venus s’ajouter aux seringues dans l’offre du BIPS: surtout une manière d’entrer en contact et de parler des problèmes concrets, précise Christophe Mani, directeur de l’association Première ligne, qui gère le bus.

Ce dernier n’est qu’un des outils de la politique genevoise de réduction des risques: distribution de seringues en pharmacie, local d’injection et plus récemment, Nuit Blanche?, qui vise les consommations « festives » – alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne suivant les cas. Mais il reste un point d’ancrage apprécié: si les modes de consommation se diversifient, la solitude et la marginalisation demeurent.

Conçu au départ pour être aussi près que possible de lieux de rencontres des toxicomanes, le BIPS s’est rangé désormais un peu plus à l’écart: sur le pont de l’Ile, à cheval sur le Rhône. « la distance n’a pas découragé nos clients: au contraire, ils nous disent qu’ils apprécient la tranquillité qu’ils trouvent ici » relève encore Christophe Mani. Tranquille, ce n’est pas l’image que donnait l’expérience du BIPS au début. Mais aujourd’hui, si le local d’injection continue à avoir sporadiquement des problèmes de voisinage, le bus fait partie du paysage. En quinze ans, il a reçu 3645 personnes différentes – pour 370’000 contacts.

31.10.06 par Sylvie Arsever
Le Temps – http://www.letemps.ch

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